The Social Reckoning, Aaron Sorkin revient chez Facebook par la porte des lanceurs d’alerte
Seize ans après The Social Network, Aaron Sorkin revient à Facebook, mais par l’autre porte. The Social Reckoning, en salles en France le 7 octobre 2026 avec Sony Pictures Releasing France, ne raconte plus la naissance d’un réseau dans une chambre d’étudiant. Il raconte comment une ingénieure a fait sortir de l’entreprise des milliers de documents internes, et comment un journaliste du Wall Street Journal en a tiré une enquête qui a fait trembler Menlo Park.
Une lanceuse d’alerte et un journaliste face à Facebook
Le film s’appuie sur une histoire vraie, celle de Frances Haugen, ingénieure des données chez Facebook, et de Jeff Horwitz, journaliste au Wall Street Journal. En 2021, le quotidien publie une série d’articles connue sous le nom de The Facebook Files, nourrie par les documents internes que Haugen a copiés avant de quitter l’entreprise. Au cœur de ces révélations, une modification de l’algorithme opérée en 2018 pour augmenter l’engagement des utilisateurs, dont les effets sur la circulation des contenus polarisants étaient documentés en interne.
Mikey Madison, révélée au grand public par Anora, incarne Frances Haugen. Jeremy Allen White joue Jeff Horwitz et Jeremy Strong prête ses traits à Mark Zuckerberg. Bill Burr et Wunmi Mosaku composent l’entourage juridique du patron, aux côtés de Billy Magnussen et Betty Gilpin. Le récit, selon les critiques publiées avant la sortie, circule entre 2018 et 2021 et culmine avec l’assaut du Capitole du 6 janvier 2021.
Que dit Aaron Sorkin de son propre retour chez Facebook ?
Sorkin écrit et réalise. Il a expliqué sur CBS News avoir voulu raconter les conséquences que son premier film n’avait pas anticipées, en particulier le fait qu’une partie du public ait fait de Zuckerberg un héros plutôt qu’une figure tragique. Il y reconnaît sa part de responsabilité, tout en disant que ce n’était pas son intention. Il résume aussi l’enjeu central de l’enquête, à savoir que l’entreprise savait, études à l’appui, que les contenus les plus repartagés sont ceux qui mettent en colère.
Derrière la caméra, l’équipe technique fait écho au film de 2010. Jeff Cronenweth, déjà chef opérateur de The Social Network, signe la photographie. Alexandre Desplat compose la musique et Alan Baumgarten assure le montage. Le tournage s’est déroulé à Vancouver entre octobre et décembre 2025, pour Columbia Pictures et Alcon Entertainment.
Un thriller journalistique plus sage que son modèle ?
Les premières critiques françaises dessinent un consensus assez net. Culturellement Vôtre y voit un « thriller journalistique » dans la lignée des Hommes du Président et de Pentagon Papers, et le classe parmi les films importants de l’année, tout en jugeant la mise en scène « parfois très, voire trop, sage » face au souvenir de David Fincher. FilmDeCulte, de son côté, salue une tension qui monte efficacement et des dialogues ciselés, mais regrette un formalisme moins inspiré et un récit qui aurait gagné à être resserré.
La musique de Desplat divise. Culturellement Vôtre la trouve trop présente lors de la séquence du 6 janvier, quand FilmDeCulte note qu’elle tire le film vers la tonalité politique de The West Wing plutôt que vers l’électronique froide du premier opus. Les deux textes se rejoignent sur un point, le film assume d’être un film sur Facebook, ses choix et leurs conséquences, là où The Social Network utilisait l’entreprise comme décor d’une tragédie d’ambition.
Mikey Madison au centre, Jeremy Strong en retrait
Le cœur du film, selon les deux critiques, est Mikey Madison. FilmDeCulte la décrit aux antipodes d’Anora, dans le rôle d’une héroïne peu sociable qui devient un symbole d’intégrité. Culturellement Vôtre parle d’une interprétation nuancée et humaine. Jeremy Allen White convainc dans le phrasé rapide propre à Sorkin, même si son personnage manque d’épaisseur pour FilmDeCulte.
Jeremy Strong, lui, a droit à un rôle plus réduit qu’on ne l’imaginait. Les deux critiques emploient le même mot, robotique, pour qualifier son Zuckerberg, très loin de l’humanité inquiète que Jesse Eisenberg apportait au personnage. Variety a rapporté que Sorkin avait raconté comment l’acteur, connu pour son engagement extrême dans ses rôles, traitait ses partenaires sur le plateau à la manière dont il imaginait que Zuckerberg traite les gens.
Faut-il aller voir The Social Reckoning ?
Je n’ai pas encore vu le film au moment d’écrire ces lignes, et cet avis repose sur les critiques citées et sur ce que l’équipe en a dit. Ce qui ressort de l’ensemble, c’est un film utile avant d’être un grand film. Son sujet, la manière dont une plateforme décide de ce que des milliards de personnes voient, n’a rien perdu de son actualité, et Sorkin a choisi de le traiter frontalement plutôt que par la fable. Ceux qui attendent la virtuosité de 2010 risquent d’être déçus. Ceux qui aiment les films d’enquête où l’on suit pas à pas des journalistes et une source face à une institution puissante ont, en revanche, de bonnes raisons de pousser la porte de la salle, ne serait-ce que pour voir Mikey Madison confirmer ce qu’Anora avait laissé entrevoir.
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Sylvain

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