Ni vue, ni connue, Isabelle Huppert en figurante face à Sandrine Kiberlain
Isabelle Huppert en figurante. L’idée tient en quatre mots et suffit à rendre curieux. Avec Ni vue, ni connue, en salles le 7 octobre 2026 chez Memento, Marc Fitoussi offre à l’une des actrices les plus célébrées du cinéma français le rôle de quelqu’un que personne ne regarde, et construit autour d’elle une comédie sur les coulisses des tournages où les vedettes jouent leur propre rôle.
Corinne Maclou, figurante qui rêve d’un vrai rôle
Corinne Maclou enchaîne les tournages au dernier rang du cadre. Elle a la cinquantaine, connaît les ficelles du métier, sait où se placer pour rester dans le champ et espère toujours être remarquée. Sur un plateau, elle croise Sandrine Kiberlain, qui joue ici son propre rôle, et se persuade que cette rencontre peut enfin lui ouvrir les portes d’une vraie carrière. Autour d’elles gravitent d’autres comédiens dans leur propre rôle, parmi lesquels Anne Marivin, Ana Girardot et Diane Kruger, ainsi que Vincent Dedienne, Emmanuelle Bercot et Thomas Jolly.
Le dispositif est la principale trouvaille du film. Huppert est la seule à incarner un personnage de fiction au milieu de célébrités qui s’interprètent elles-mêmes, ce qui creuse l’écart entre l’anonyme et les têtes d’affiche et installe un double jeu entre fiction et réalité. Le film dure 1 h 55 et Marc Fitoussi en signe seul la réalisation et le scénario.
Pourquoi Marc Fitoussi a-t-il voulu Isabelle Huppert dans ce rôle ?
C’est la troisième fois que le cinéaste dirige l’actrice au cinéma, après Copacabana en 2010 et La Ritournelle en 2014, sans compter leur collaboration sur la série Dix pour cent, dont Fitoussi a réalisé des épisodes. Selon les informations diffusées par AlloCiné, il cherchait pour elle un rôle qu’elle n’avait encore jamais tenu, celui d’une comédienne de l’ombre. Le personnage a été pensé jusque dans son allure, avec une coiffure bouffante très visible et des gilets de costume inspirés de Diane Keaton.
Dans des propos rapportés par Swissinfo, les deux artistes ont précisé leurs intentions. Fitoussi y décrit le cinéma comme une réalité améliorée, telle qu’on aimerait la voir. Huppert insiste sur le fait que Corinne « n’est jamais montrée comme une victime » et que ses réactions, drôles et piquantes, mettent sans cesse en lumière les inégalités sociales. Le réalisateur dit aussi avoir refusé le cliché de la rivalité féminine, ses personnages ne cherchant ni à se venger ni à se trahir malgré les jalousies du métier.
Une première en clôture de Locarno
Le film a été présenté en avant-première sur la Piazza Grande du 79e Festival de Locarno, en clôture, devant environ 8 000 spectateurs selon Swissinfo. Il est ensuite passé par Angoulême, d’après Abus de Ciné. Ce double parcours, un grand festival international puis le rendez-vous du cinéma francophone de fin d’été, correspond bien à la nature du projet, une comédie populaire qui ne renonce pas à un regard sur son propre milieu.
Une satire tendre du métier d’acteur
La critique d’Abus de Ciné est enthousiaste. Elle salue la maîtrise de Fitoussi dans la comédie, des répliques acérées qui disent des vérités sur le métier, et retient en particulier une formule selon laquelle ce qui est exceptionnel, c’est une carrière. Le duo Huppert et Kiberlain y est décrit comme remarquablement accordé, et les seconds rôles comme excellents. Seule réserve, la scène avec Diane Kruger, jugée sans réelle utilité dans le récit. Le verdict parle d’une comédie enlevée, drôle sans décourager ceux qui rêvent de cinéma.
Ce que le film raconte dépasse d’ailleurs l’anecdote des plateaux. Derrière la figurante, il y a les milliers de personnes qui travaillent à la lisière des projecteurs et dont la persévérance tient lieu de carrière. Que ce soit Huppert, actrice à la filmographie immense, qui prête son visage à cette invisibilité donne au propos une ironie assumée, presque une mise en abyme de la notoriété.
Notre avis avant la sortie
Je n’ai pas encore vu le film, et cet avis s’appuie sur les sources citées. Ce qui rend Ni vue, ni connue prometteur, c’est la rencontre entre un cinéaste qui a déjà filmé les coulisses du métier d’acteur dans Dix pour cent, une actrice qui accepte de jouer contre son image et un dispositif qui fait des célébrités les figurantes de leur propre légende. Dans une semaine chargée en comédies françaises, avec Ducobu et le fantôme de Saint-Potache et La Maison de nos rêves, c’est celle qui semble avoir le plus à dire sur ce qu’elle montre.
Retrouvez les autres films de la semaine dans notre archive Sorties cinéma du 7 octobre 2026 et sur le hub Sorties cinéma de la semaine.
Sylvain
