Karma, Guillaume Canet plonge Marion Cotillard dans l’emprise d’une secte
Neuf longs métrages derrière la caméra, et un retour au thriller vingt ans après Ne le dis à personne. Avec Karma, en salles ce mercredi 21 octobre 2026 sous la bannière Pathé, Guillaume Canet offre à Marion Cotillard un rôle de femme rattrapée par son passé, et la confronte à Denis Ménochet en gourou de communauté isolée. Présenté hors compétition au Festival de Cannes en mai dernier, le film a divisé la critique, entre éloges unanimes pour son actrice et réserves sur sa longueur.
Une disparition d’enfant qui renvoie Jeanne vers la communauté qu’elle avait fuie
Jeanne vit dans un village du nord de l’Espagne avec Daniel, un homme qui ignore tout de ce qu’elle a vécu avant lui. Le jour où Mateo, son filleul de six ans, disparaît alors qu’elle en a la garde, la police la soupçonne aussitôt. Jeanne s’enfuit et passe la frontière pour rejoindre en France la communauté où elle est née, celle qu’elle avait quittée des années plus tôt. Daniel, convaincu de son innocence, se lance à sa recherche avec l’espoir de la retrouver avant les forces de l’ordre.
Le point de départ tient du thriller familial, mais le cœur du film se situe ailleurs, dans ce retour volontaire vers un lieu d’emprise. Selon le dossier de presse remis à Cannes, l’histoire suit « la vie d’une femme rattrapée par son passé », formule qui résume bien le basculement du récit, de l’enquête vers le huis clos sectaire.
Guillaume Canet, du triomphe des Petits Mouchoirs à l’intimité de Lui
La carrière de réalisateur de Guillaume Canet ressemble à une suite de virages. Après Mon idole en 2002, il signe en 2006 Ne le dis à personne, adaptation de Harlan Coben qui dépasse les trois millions d’entrées et lui vaut le César du meilleur réalisateur. Les Petits Mouchoirs réunit ensuite plus de 5,4 millions de spectateurs en 2010, son plus gros succès à ce jour. Viennent l’échec américain de Blood Ties en 2013, l’autofiction Rock’n Roll en 2017, la suite Nous finirons ensemble en 2019, le très intime Lui en 2021 puis le blockbuster Astérix et Obélix : L’Empire du Milieu en 2023.
Karma marque donc un retour au genre qui l’a consacré. Le scénario est coécrit avec Simon Jacquet, également producteur, d’après une idée originale du cinéaste. Derrière la caméra, Canet s’entoure du chef opérateur belge Benoît Debie, de la monteuse Laure Gardette et de Yodelice à la musique.
Marion Cotillard face à Denis Ménochet, un duel d’acteurs
Marion Cotillard incarne Jeanne Langevin, Denis Ménochet prête sa carrure à Marc, le chef de la communauté, et l’Argentin Leonardo Sbaraglia joue Daniel. L’Espagnol Luis Zahera, Marta Etura, David Talbot et Brigitte Catillon complètent la distribution. C’est la quatrième collaboration entre Canet et Cotillard après Les Petits Mouchoirs, Rock’n Roll et Astérix et Obélix : L’Empire du Milieu, rappelle le Festival de Cannes.
L’actrice confiait à Madame Figaro, cité par le festival, son envie de jouer aux côtés de Denis Ménochet, qu’elle qualifie de « crème de la crème » des comédiens. Le face à face entre ces deux présences très physiques constitue l’argument central du film, et c’est sur lui que la critique s’accorde le plus volontiers.
Un grand rôle écrit pour Marion Cotillard
Dans le dossier de presse, Guillaume Canet explique avoir eu « une envie très forte depuis longtemps, d’écrire un grand rôle pour Marion ». Sa préparation a pris une tournure presque journalistique, avec le visionnage de nombreux films et documentaires sur les communautés fermées et la présence à un procès. Le cinéaste convoque aussi Jacques Brel et sa phrase « Dieu, ce sont les hommes et un jour ils s’en rendront compte ».
Le tournage s’est déroulé en partie dans un ancien couvent du Lot, selon Denis Ménochet, avec le soutien de la Région Occitanie. Le film est produit par Iconoclast, Caneo et Simon Jacquet, coproduit par Pathé et M6 Films, avec la participation de Netflix. La montée des marches cannoise, où l’ancien couple est apparu réuni, a d’ailleurs offert au film une exposition considérable, Paris Match rapportant la déclaration du cinéaste à son ex-compagne, « J’ai écrit ce film pour toi ».
Que dit la critique après la projection cannoise ?
L’accueil est contrasté. Dans The Playlist, Elena Lazic attribue un C+ au film. Elle salue l’engagement de Cotillard et de Ménochet et trouve une vraie tension dans la réintégration de Jeanne au sein de la communauté, ainsi qu’une dernière partie efficace en forme de traque. Mais elle juge les 149 minutes excessives, regrette un mélodrame appuyé et un scénario répétitif, et note que les codes du thriller s’accordent mal avec la gravité des abus sexuels évoqués.
Pour TheWrap, Zachary Lee parle d’une « performance toujours excellente » de Cotillard et apprécie l’image de Benoît Debie, qui s’attarde sur le visage de l’actrice. Il trouve le premier acte intrigant, mais estime que le film dévoile trop tôt ses mystères au profit du prêche. Variety, dans le titre de sa critique, évoque un film « trop long » que Cotillard et Ménochet tirent vers le haut, tandis que Deadline qualifie la prestation de l’actrice de « sensationnelle ».
Côté français, Avoir-Alire se montre enthousiaste. Mylène MLN y voit un film dont l’impact dure bien après la projection, salue la manière dont Canet laisse les violences hors champ et souligne le travail de lumière de Debie, qui épouse les émotions du personnage.
Un thriller qui préfère l’emprise au suspense
Ce qui ressort de l’ensemble de ces avis, c’est un film plus ambitieux qu’un simple polar de frontière. Canet ne cherche pas seulement à savoir ce qui est arrivé à Mateo, il interroge ce qui pousse une femme à retourner volontairement dans le lieu qui l’a abîmée. Le titre l’annonce, il s’agit de dette, de pénitence et de la possibilité de reprendre la main sur son destin. Avoir-Alire résume cette intention par l’idée de ne plus subir son karma mais d’en devenir maître.
Le risque, pointé par la critique anglo-saxonne, tient à l’équilibre. Le cinéaste semble vouloir tenir ensemble le thriller grand public, la chronique d’une secte et le portrait d’une victime d’emprise, ce qui produit un film long, sombre et parfois insistant. La durée de près de deux heures et demie revient dans presque toutes les réserves, et l’enquête de Daniel, qui devrait relancer l’intrigue, s’essouffle selon The Playlist.
Reste un atout que personne ne conteste. Cotillard porte le film, dans un registre de fragilité et de colère rentrée qu’elle maîtrise depuis longtemps, et Ménochet apporte à Marc une ambiguïté inquiétante. Le choix de Benoît Debie, connu pour ses lumières très travaillées, promet en outre une identité visuelle forte, ce que confirment aussi bien TheWrap qu’Avoir-Alire.
La bande-annonce officielle de Karma
Karma vaut-il le déplacement en salles ?
Je retiens de Karma un projet de cinéaste sincère, pensé comme un écrin pour Marion Cotillard et porté par un duo d’acteurs que la critique place au-dessus du reste. Je comprends les réserves sur la durée et sur un ton uniformément grave, mais je vois dans ce retour de Guillaume Canet au thriller un film plus risqué que ses comédies de bande, et c’est déjà une bonne raison d’aller le juger en salle. Pour situer ce film parmi les autres nouveautés du 21 octobre, rendez-vous dans nos Sorties cinéma de la semaine.
Sources
- Dossier de presse de Karma (Festival de Cannes)
- Guillaume Canet reunites with Marion Cotillard in Karma (Festival de Cannes)
- Karma Review, Elena Lazic (The Playlist)
- Karma Review, Zachary Lee (TheWrap)
Sylvain
