Festival de Cannes 2026, ce que l’on attend, espère, et redoute
La 79e édition du Festival de Cannes ouvre le 12 mai avec La Vénus électrique de Pierre Salvadori. La sélection officielle vient d’être dévoil
Cannes revient. Comme chaque année, avec ses promesses, ses déceptions annoncées, ses surprises que personne n’a vu venir, et cette impression que le cinéma mondial se donne rendez-vous sur la Croisette pendant douze jours pour rappeler qu’il existe encore — voici notre critique libre. La sélection 2026 a été dévoilée le 9 avril. Autant de raisons d’être curieux, prudent, et parfois sceptique.
Ce que dit cette sélection
L’édition 2026 est clairement tournée vers les auteurs internationaux et s’éloigne des productions de studio américaines. Thierry Frémaux l’a assumé lors de la conférence de presse du 9 avril, en expliquant que les studios produisent aujourd’hui moins de films compatibles avec ce que Cannes cherche à montrer. La compétition principale réunit des cinéastes comme Asghar Farhadi, Pedro Almodóvar, Hirokazu Kore-eda, Paweł Pawlikowski, László Nemes ou Ryusuke Hamaguchi. Ce sont des noms qui rassurent, parce qu’ils ont tous prouvé quelque chose par le passé.
Le seul réalisateur américain en compétition officielle est Ira Sachs, avec The Man I Love, une comédie musicale centrée sur la crise du sida dans le New York des années 80, avec Rami Malek. C’est un choix cohérent avec la ligne artistique du festival, mais cela dit aussi quelque chose sur l’état actuel du cinéma américain de genre et d’auteur, qui peine à produire des œuvres qui trouvent leur place dans ce type de sélection.
Park Chan-wook préside le jury. C’est un choix fort. Le réalisateur de Old Boy, de The Handmaiden et de Decision to Leave est l’un des cinéastes les plus rigoureux et les plus exigeants de sa génération. Sa présence à la tête du jury dit quelque chose sur ce qu’on risque de valoriser cette année, le style, la maîtrise formelle, la narration complexe plutôt que le récit linéaire accessible.
Les films qu’on attendait le plus
La Vénus électrique
Pierre Salvadori • Film d’ouverture : C’est le film qui ouvre le festival le 12 mai. Pierre Salvadori est un réalisateur discret dont on n’entend pas souvent parler au grand public, mais qui a une vraie cohérence dans son travail. Le film est présenté comme une comédie dramatique se déroulant dans un Paris des années 1920, autour d’un peintre incapable de travailler depuis la mort de sa femme. C’est le genre de projet qui peut être une belle surprise ou une déception selon l’humeur du festival. Nous le verrons.
Bitter Christmas
Pedro Almodóvar • En compétition : Almodóvar en compétition à Cannes, c’est toujours un événement. Son film précédent, La Chambre d’à côté, avait remporté le Lion d’Or à Venise en 2024. L’Espagnol est dans une période de liberté créative totale, travaillant en anglais depuis quelques années, avec des projets de plus en plus personnels. Ce que sera Bitter Christmas, on ne le sait pas encore précisément, mais on a de bonnes raisons d’être attentif.
Full Phil
Quentin Dupieux • En compétition • Avec Woody Harrelson et Kristen Stewart : Dupieux est l’une des personnalités les plus intéressantes du cinéma français contemporain. Il sort des films à un rythme que peu de réalisateurs peuvent se permettre, et chacun d’eux est une petite expérience de cinéma absurde et maîtrisé. Le voir en compétition officielle avec un casting anglophone de cette taille est une nouveauté.
Et comme si cela ne suffisait pas, Dupieux sera également présent côté Quinzaine des Cinéastes avec Le Vertige, son premier film d’animation. La particularité du projet tient à sa fabrication, tourné en prise de vues réelles puis transformé en animation 3D, avec les voix d’Alain Chabat, Jonathan Cohen et Anaïs Demoustier. Aucune image n’a été dévoilée à ce jour, aucun synopsis non plus. C’est tout à fait dans les habitudes de Dupieux, qui communique le moins possible sur ses projets avant leur présentation. Le délégué général de la Quinzaine a qualifié sa sélection de films qui échappent à toutes les cases. Le Vertige de Dupieux correspond parfaitement à cette description. Rendez-vous en mai pour en savoir plus.
Vol de nuit pour Los Angeles
John Travolta • Cannes Première : C’est l’information qui a fait le plus parler lors de l’annonce. John Travolta présente à Cannes sa première réalisation. L’acteur de Pulp Fiction et Grease derrière la caméra, avec un film dont on ne sait pour l’instant presque rien. La curiosité est là, mais elle est prudente. Passer de l’acteur au réalisateur est un exercice difficile, et les précédents ne plaident pas toujours en faveur de ceux qui s’y essaient. Réservons notre jugement.
Ce qu’on espère vraiment
On espère que Cannes 2026 confirmera une tendance amorcée ces dernières années, celle d’une sélection qui fait de la place aux cinémas peu représentés, aux voix nouvelles, aux films qui ne ressemblent à rien de déjà vu. La Semaine de la Critique, qui annonce cette année une sélection centrée sur les cinéastes émergents, et la Quinzaine des Cinéastes, qui ferme avec Quentin Dupieux et ouvre avec Kantemir Balagov, semblent aller dans ce sens.
On espère aussi que le palmarès reflétera quelque chose de cohérent avec la sélection, et pas uniquement les films qui correspondent à ce qu’un jury de cinéma d’auteur a envie de primer par défaut. Park Chan-wook a la réputation d’un cinéaste qui aime être surpris. On lui fait confiance là-dessus.
Ce qu’on redoute
On redoute la sélection trop prudente, qui réunit les mêmes noms d’une édition à l’autre sans vraiment prendre de risques. Avoir Almodóvar, Farhadi et Kore-eda en compétition la même année, c’est rassurant, mais c’est aussi prévisible. Ce sont des valeurs sûres du cinéma d’auteur mondial, et leur présence ne garantit pas que le festival réservera ses vraies surprises à la compétition principale plutôt qu’aux sections parallèles.
On redoute aussi, comme chaque année, que la couverture médiatique du festival éclipse les films eux-mêmes. Cannes attire autant l’attention pour ses montées des marches, ses polémiques et ses moments de spectacle que pour ce qui se passe réellement dans les salles. Ce n’est pas nouveau. Mais ça reste une frustration pour ceux qui suivent le festival pour le cinéma.
Rendez-vous en mai
La 79e édition se tient du 12 au 23 mai 2026. Les films en compétition sortiront pour la plupart en salles françaises dans les semaines qui suivent le festival. On reviendra sur les titres qui auront marqué cette édition une fois le palmarès connu.
En attendant, retenez quelques noms. Almodóvar, Dupieux, Sachs, Farhadi. Et gardez un oeil sur les sections parallèles, qui sont souvent l’endroit où Cannes prend ses véritables risques.

