Livre

La Pâtissière de Long Island, le cheesecake de Sylvia Lott qui traverse soixante-dix ans d’histoire

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Avec La Pâtissière de Long Island, la romancière allemande Sylvia Lott suit sur plus de soixante-dix ans le destin de Marie, jeune Frisonne envoyée à New York au début des années 1930 avec une recette de cheesecake pour tout bagage. Une saga familiale entre l’Allemagne et les États-Unis, portée par une écriture fluide et une idée simple, celle d’un gâteau qui rend les gens heureux. Je l’ai refermé à regret.

Marie quitte la Frise orientale pour Brooklyn en 1932

Tout commence dans un village de Frise orientale, cette région du nord-ouest de l’Allemagne tournée vers la mer du Nord. Marie y vit un amour que sa famille juge impossible. Pour l’en éloigner, on l’envoie de l’autre côté de l’Atlantique, à Brooklyn, en novembre 1932. Elle arrive dans une Amérique encore sous le coup de la crise de 1929, à l’heure où la Prohibition n’est pas encore levée, et elle n’a presque rien, sinon un savoir-faire de pâtissière et une recette de cheesecake.

C’est cette recette qui va lui ouvrir New York. Sylvia Lott raconte l’ascension patiente d’une immigrée qui se fait une place par le travail et par le goût, loin des récits de réussite fulgurante. Le gâteau devient le fil rouge d’une vie entière, et le lecteur comprend vite qu’il ne s’agit pas seulement d’une affaire de pâtisserie.

Rona, la petite-nièce qui recueille l’histoire des décennies plus tard

Le roman avance sur deux époques. Dans le présent, Rona traverse une mauvaise passe, à la fois personnelle et professionnelle. Son grand-père lui propose alors de partir rendre visite à sa grand-tante Marie, installée à Long Island, pour ses quatre-vingt-dix ans. Rona accepte presque à contrecœur, et c’est auprès de cette vieille dame qu’elle va découvrir le parcours de Marie, chapitre après chapitre.

Ce va-et-vient entre la jeune femme d’aujourd’hui et la jeune femme d’hier fonctionne très bien. Les doutes de l’une font écho au courage de l’autre, et les deux histoires se répondent à soixante-dix ans de distance. Rona ne repart pas seulement avec une histoire de famille, elle repart avec la fameuse recette, que Marie a gardée comme un trésor toute sa vie.

Un cheesecake capable de rendre les gens heureux, et on y croit

Le titre original allemand, Die Glücksbäckerin von Long Island, dit tout. La « Glücksbäckerin », c’est la boulangère du bonheur. Le cheesecake de Marie a ce pouvoir discret de rendre ceux qui le goûtent plus heureux, plus doux, plus conciliants. Dit comme ça, l’idée pourrait sembler naïve. Elle ne l’est jamais sous la plume de Sylvia Lott, qui ne force pas le merveilleux et le laisse affleurer dans des scènes du quotidien, au plus près de ceux qui goûtent ce gâteau.

C’est tout l’art du roman. On sait que c’est une fiction, on sait qu’aucun gâteau ne réconcilie réellement les gens, et pourtant on finit par y croire, parce que le récit donne à cette recette le poids d’une mémoire familiale. Chacun a en tête un plat qui rappelle quelqu’un, et c’est exactement cette corde que le livre fait vibrer.

Qui est Sylvia Lott, l’autrice de La Pâtissière de Long Island ?

Sylvia Lott est née en 1955 à Apen, en Basse-Saxe, et se présente comme une Frisonne de l’Est, ce qui explique la justesse avec laquelle elle décrit la région natale de Marie. Elle a longtemps été journaliste indépendante pour des magazines féminins, de style de vie et de voyage, avant de se consacrer entièrement au roman. Elle vit à Hambourg, et ses livres figurent régulièrement dans les listes de meilleures ventes du Spiegel. En Allemagne, elle est notamment connue pour sa saga de Norderney, une série en quatre tomes installée sur cette île de la mer du Nord, dont le premier volume, Die Frauen vom Inselsalon, a d’emblée rencontré le succès.

Son goût pour les destins de femmes et les décors côtiers se retrouve pleinement ici, avec Long Island d’un côté et la Frise orientale de l’autre, deux bords de mer que sépare un océan.

Quelle édition choisir pour lire le roman en français ?

Le roman est paru en Allemagne en 2014. La traduction française, signée Lorraine Cocquelin, a d’abord été publiée en grand format par les éditions Piranha en mai 2016. Il existe aujourd’hui une édition de poche chez J’ai lu, parue le 4 octobre 2017, qui compte 576 pages. C’est un vrai pavé, mais il se lit avec une étonnante facilité tant l’écriture est limpide et les chapitres bien rythmés.

Ce n’est donc pas une nouveauté de la rentrée, et c’est justement l’occasion de rappeler qu’un bon livre n’a pas de date de péremption. Pour les parutions récentes, vous retrouverez chaque semaine notre sélection dans la page sorties livres de la semaine, et les titres de cette fin septembre dans les sorties livres du 28 septembre au 4 octobre 2026.

Pourquoi j’ai adoré ce roman

J’ai adoré ce livre, et je ne m’y attendais pas autant. J’ai aimé Marie, sa ténacité sans éclats, sa façon de reconstruire une vie avec ses mains. J’ai aimé Rona, qui arrive perdue et repart plus solide. J’ai aimé surtout cette écriture qui ne cherche jamais l’effet et qui fait pourtant passer soixante-dix ans d’histoire, entre l’Allemagne et l’Amérique, sans jamais perdre le fil de l’émotion, j’ai également cette critique de l’Allemagne nazie, si injuste envers ses Juifs. Si vous cherchez une saga familiale chaleureuse, avec de l’Histoire, de l’exil et un peu de magie du quotidien, je vous la recommande sans hésiter. Et je vous préviens, vous aurez envie de cheesecake.

Sources


Sylvie

Sylvie Bell’s

Sylvie ne lit pas vraiment des romans : elle les dévore !! Deux livres dans une journée ne lui font pas peur, surtout lorsqu’un auteur l’accroche assez pour qu’elle parte aussitôt explorer toute sa bibliographie. Curieuse, généreuse et toujours prête à défendre son dernier coup de cœur, elle adore faire circuler les romans autour d’elle, à une condition non négociable : personne n’y touche avant qu’elle ait terminé. Et si elle préfère largement le bruit des pages au clic d’une liseuse, elle admet qu’entre lire sur un écran et ne pas lire du tout, le choix est vite fait.