Livre

Prix Goncourt 2026, les huit romans de la deuxième sélection et ce qu’ils racontent

5/5 - (1 vote)

L’Académie Goncourt a rendu publique le mardi 6 octobre 2026 sa deuxième sélection. Il ne reste plus que huit romans sur les seize retenus début septembre, avec Philippe Jaenada, Yannick Haenel, Sylvain Prudhomme et Olivier Rolin parmi les noms les plus attendus. Voici les huit livres encore en course, ce qu’ils racontent, et le calendrier jusqu’à la proclamation du 3 novembre chez Drouant.

Quels sont les huit romans de la deuxième sélection du Goncourt 2026 ?

Les jurés présidés par Philippe Claudel ont conservé les titres suivants, présentés ici par ordre alphabétique d’auteur.

  • Boris Bergmann, Minotaure, Albin Michel
  • Sonia Devillers, Le fabuleux piano, Robert Laffont
  • Anne Godard, Nous aussi, Actes Sud
  • Yannick Haenel, La solitude des professeurs est infinie, Gallimard
  • Philippe Jaenada, L’inconnue du Quai de Javel, Flammarion
  • Clémentine Mélois, Choses que je croyais perdues, L’Arbalète/Gallimard
  • Sylvain Prudhomme, De l’autre côté du lac, Minuit
  • Olivier Rolin, La Guerre éternelle, Gallimard

Gallimard place donc trois titres sur huit si l’on compte L’Arbalète, collection de la maison. Les autres éditeurs encore représentés sont Albin Michel, Robert Laffont, Actes Sud, Flammarion et Minuit.

Huit romans sortent de la course après la première sélection

La première liste, dévoilée le 2 septembre, comptait seize titres. Ne figurent plus dans la deuxième Louise Chennevière (Faire la peau, P.O.L), Ananda Devi (Chronique d’un royaume perdu, Grasset), Olivier Grondeau (Joseph dans la nuit, L’Iconoclaste), Lilia Hassaine (JE, Gallimard), Jean-Yves Jouannais (Une forêt, Albin Michel), Emma Marsantes (N’efface pas mes cercles, Verdier) et Patrice Trigano (Bataille au procès, Maurice Nadeau).

Le seizième, C’était ça ou mourir de Thélyson Orélien (Grasset), avait quitté la compétition dès le 25 septembre selon ActuaLitté, après les accusations de recours massif à l’intelligence artificielle apparues le 21 septembre. J’avais fait le point sur cette affaire dans l’article consacré à la polémique autour de C’était ça ou mourir. Le jury est donc passé de quinze titres effectivement en lice à huit.

Deux livres enquêtes sur des destins effacés

Philippe Jaenada revient à la forme qui a fait sa réputation. L’inconnue du Quai de Javel, paru le 19 août chez Flammarion (528 pages), reprend l’affaire Louise Cansot, une jeune femme retrouvée assassinée quai de Javel à Paris en 1949. Modèle pour les peintres de Montparnasse, elle n’a jamais vu son meurtre élucidé, l’enquête ayant été classée sans suite au bout de six mois. Jaenada refait le trajet, jusqu’en Bretagne où elle a grandi, et rouvre les documents et les témoignages de l’époque. Le tirage annoncé de 35 000 exemplaires dit assez l’attente de l’éditeur.

Sonia Devillers part elle aussi d’une disparition, celle d’un objet. Le fabuleux piano (Robert Laffont, 288 pages) suit la trace d’un piano Érard numéro 68037 saisi en 1943 chez les Enoch, famille d’éditeurs de musique parisiens. L’instrument devient le fil d’une histoire de la spoliation des familles juives sous l’Occupation, au moment où des milliers de pianos ont été enlevés des appartements parisiens. Après la guerre, Jacques Enoch a tenté de récupérer les biens familiaux et de comprendre le sort de ses parents, et c’est cette quête que le livre reprend.

Le collège, la montagne et Troie, trois paysages très différents

Yannick Haenel installe son roman dans une salle de classe. Jean Deichel, 22 ans, agrégé et certifié, débarque au collège Saint-Exupéry sans savoir comment on tient trente élèves. Le roman couvre neuf années d’enseignement et bascule autour d’un vase brisé, destiné à une collègue, qui devient une obsession. Le livre a été rattrapé début septembre par une enquête d’ActuaLitté relevant treize rapprochements avec Grand Poisson de Fabrice Sanchez, dont un manuscrit avait été soumis à Gallimard en 2024. Le média concluait que la comparaison ne révélait pas de contrefaçon, et Yannick Haenel a affirmé n’avoir jamais eu connaissance de ce texte. Le jury l’a maintenu.

Avec De l’autre côté du lac (Minuit, paru le 27 août), Sylvain Prudhomme signe son neuvième roman. Le narrateur croise brièvement Paola, photographe d’une quarantaine d’années qui travaille sur plaques de verre dans les paysages de montagne, avant qu’elle ne disparaisse au cours d’une expédition hivernale dans une réserve naturelle. Refusant l’hypothèse de sa mort, il reconstitue ses derniers mois auprès de sa galerie, de son ancien compagnon et des archéologues qu’elle accompagnait.

Olivier Rolin, lui, relie la chute de Troie aux guerres d’aujourd’hui. La Guerre éternelle passe de l’Iliade à Sarajevo, Smyrne, Dresde et Gaza, en convoquant Homère, Euripide, Virgile, Racine ou Borges, des archéologues et ses propres voyages. Une rencontre à Sarajevo en 1995 donne au livre sa part intime.

Familles, souvenirs et désir d’enfant pour les trois derniers titres

Anne Godard arrive à ce stade avec un premier prix en poche. Nous aussi a reçu le 3 septembre le prix des libraires de Nancy-Le Point. Le roman suit une famille catholique de la bourgeoisie parisienne réunie l’été dans un château des Alpes, dont l’unité se fissure lorsque surgissent des accusations d’inceste. Tout part du suicide d’un frère de 17 ans, dont la sœur narratrice cherche à comprendre ce qui l’a précédé. Le livre figure aussi dans les sélections du Médicis, du Femina et du Décembre.

Clémentine Mélois propose le titre le plus léger en apparence. Dans Choses que je croyais perdues, une femme fait ses cartons après une rupture, et chaque objet, d’un verre Musclor ébréché à des coupures du Dauphiné libéré reproduites dans le texte, rouvre un pan de mémoire, l’enfance en Lorraine, le travail au bar, la famille. L’humour y retarde la mélancolie sans l’effacer.

Enfin Minotaure, roman autobiographique de Boris Bergmann, né en 1992 et déjà lauréat du prix de la Vocation et du prix Fénéon, part de la condition d’enfant non désiré par son père et de la surenchère d’histoires vécues ou racontées qui en découle.

Quand le lauréat du Goncourt 2026 sera-t-il connu ?

La troisième sélection, qui ne retiendra que quatre finalistes, est attendue le 27 octobre. Le lauréat sera proclamé le 3 novembre au restaurant Drouant, à Paris. Le jury compte notamment Philippe Claudel, président depuis 2024, Camille Laurens, Françoise Chandernagor, Pascal Bruckner, Tahar Ben Jelloun, Pierre Assouline, Éric-Emmanuel Schmitt et Christine Angot. Pour mémoire, le prix 2025 avait couronné Laurent Mauvignier pour La maison vide, publié chez Minuit.

Pour suivre les parutions de la rentrée au fil des semaines, la page sorties livres de la semaine regroupe nos sélections, dont la plus récente, les sorties livres du 28 septembre au 4 octobre 2026.

Mon pari pour la liste des quatre finalistes

Je ne prétends pas lire dans les pensées des jurés de Drouant, mais cette deuxième liste dessine deux familles nettes. D’un côté l’enquête sur le réel, avec Jaenada et Devillers, de l’autre le roman d’atmosphère, avec Prudhomme et Rolin. Si je devais miser, je garderais un livre de chaque camp, et je surveillerais de près Anne Godard, dont le roman cumule déjà les sélections et un premier prix de libraires. Rendez-vous le 27 octobre pour voir si le jury me donne raison.

Sources


Sylvie

Sylvie Bell’s

Sylvie ne lit pas vraiment des romans : elle les dévore !! Deux livres dans une journée ne lui font pas peur, surtout lorsqu’un auteur l’accroche assez pour qu’elle parte aussitôt explorer toute sa bibliographie. Curieuse, généreuse et toujours prête à défendre son dernier coup de cœur, elle adore faire circuler les romans autour d’elle, à une condition non négociable : personne n’y touche avant qu’elle ait terminé. Et si elle préfère largement le bruit des pages au clic d’une liseuse, elle admet qu’entre lire sur un écran et ne pas lire du tout, le choix est vite fait.