Article 23 du PLF 2026 : Santé publique et économie de la vape

4.9/5 - (9 votes)

Interview de J.M., responsable production et logistique chez eliquide-diy.fr


Qui suis-je ?

Je m’appelle J.M. et je suis responsable production et logistique chez eliquide-diy.fr depuis plus de six ans. J’ai vu notre secteur évoluer, se professionnaliser, se structurer autour d’un objectif commun : aider les fumeurs à sortir du tabac.

Aujourd’hui, avec l’article 23 du projet de loi de finances 2026, je ne parle plus de contraintes logistiques ou de défis opérationnels. Je parle de la mort annoncée d’une filière entière, de milliers d’emplois sacrifiés, et surtout, d’une politique publique qui va à l’encontre de tout bon sens sanitaire et économique.

Laissez-moi vous expliquer, simplement et factuellement, pourquoi cet article 23 est une aberration.

L’article 23 en quelques mots : que prévoit cette loi ?

Le projet de loi de finances 2026, présenté par le gouvernement Lecornu 2 le 14 octobre 2025, contient un article explosif : l’article 23. Celui-ci redéfinit juridiquement les produits du vapotage pour les assimiler au tabac. Oui, vous avez bien lu : la vape, qui aide des millions de personnes à sortir du tabac, serait désormais traitée comme le tabac lui-même.

Concrètement, voici ce que prévoit cet article :

  • Une taxe punitive : 3 centimes par millilitre pour les produits contenant jusqu’à 15 mg/ml de nicotine, et 5 centimes au-delà. Pour un flacon de 50 ml, cela représente 1,50 € à 2,50 € de taxes supplémentaires, en plus de la TVA à 20%.
  • L’interdiction totale de la vente en ligne : plus aucun site e-commerce ne pourra vendre de produits de vapotage aux particuliers. Cela inclut les e-liquides, les arômes, les bases neutres, les boosters de nicotine, et même le matériel.
  • Un agrément administratif obligatoire : les boutiques physiques devront obtenir une autorisation pour continuer à vendre, avec des contraintes similaires à celles des buralistes.
  • Une entrée en vigueur dès mi-2026 : entre juillet 2026 et janvier 2027, selon un décret à venir.

Si cette loi passe en l’état, tous les sites e-commerce de vape, y compris le nôtre, devront fermer. Des milliers d’emplois seront détruits. Et des millions de vapoteurs se retrouveront sans solution d’approvisionnement légale.

L’angle économique : la destruction programmée d’une filière indépendante

20 000 emplois sur la sellette

Commençons par les chiffres. La filière vape en France, ce n’est pas une niche marginale. C’est :

  • 4 000 boutiques spécialisées réparties sur tout le territoire
  • 20 000 emplois directs et indirects, dont 3 000 dans la vente en ligne
  • 4 millions de vapoteurs réguliers
  • Des centaines de PME françaises qui ont investi, innové, créé de l’emploi local

L’article 23 ne touche pas uniquement les grandes entreprises. Il frappe de plein fouet les petites structures, les entrepreneurs qui ont cru en ce marché, les familles qui vivent de cette activité. Chez eliquide-diy.fr, nous employons une dizaine de personnes : préparateurs, gestionnaires de stocks, responsables qualité, service client. Que vont-ils devenir si nous devons fermer ?

Le e-commerce : 30% du marché anéanti

La vente en ligne représente environ un tiers du marché français du vapotage. Ce n’est pas anecdotique. Pour beaucoup de vapoteurs, notamment en zones rurales ou éloignées des grandes villes, internet est le seul moyen d’accéder à des produits de qualité.

Interdire la vente en ligne, c’est :

  • Condamner les e-commerces à fermer du jour au lendemain
  • Priver les boutiques physiques qui ont un site internet d’un revenu complémentaire vital
  • Supprimer un espace d’information, de tutoriels, d’avis clients, de services après-vente
  • Couper les Français vivant loin des centres urbains de toute possibilité d’accès légal à la vape

Chez eliquide-diy.fr, nos clients sont partout en France. Certains habitent à 50 km de la boutique la plus proche. D’autres sont des personnes à mobilité réduite, des personnes âgées, des travailleurs qui n’ont pas le temps de se déplacer. Pour eux, interdire la vente en ligne, c’est les condamner à retourner au tabac ou à se tourner vers le marché noir.

Le coût social pour l’État : un tir dans le pied

Faisons un calcul simple. Si 30% des boutiques ferment suite à ces mesures, cela représente :

  • 6 000 emplois perdus immédiatement
  • Un coût social estimé à plus de 150 millions d’euros par an (chômage, RSA, aides sociales, perte de cotisations…)
  • Une perte de recettes fiscales pour l’État (TVA, cotisations sociales, impôts sur les sociétés)

Pendant ce temps, les buralistes et les grandes multinationales du tabac, eux, se frottent les mains. Car oui, c’est bien eux les grands gagnants de cette loi. En détruisant la filière indépendante, on leur offre un monopole sur un plateau d’argent.

L’ironie ? Le tabac tue 75 000 Français par an et provoque 20% de tous les cancers. Mais c’est la vape, qui sauve des vies, qu’on assomme fiscalement et réglementairement.

L’angle santé publique : une politique à l’envers

La vape, outil de sevrage numéro 1 en France

Rappelons les faits, ceux que le gouvernement semble vouloir ignorer :

  • Le vapotage est reconnu comme l’outil de sevrage tabagique le plus efficace par de nombreuses études internationales
  • La prévalence du tabagisme chez les jeunes connaît une baisse historique en France
  • Des millions de Français ont réduit ou arrêté leur consommation de cigarettes grâce au vapotage
  • La vape est 95% moins nocive que le tabac selon les études britanniques (Public Health England)

Le vapotage n’est pas un gadget. C’est un outil de santé publique. Pour beaucoup d’entre nous dans le secteur, c’est aussi une histoire personnelle. J’ai moi-même arrêté de fumer il y a huit ans grâce à la cigarette électronique, après 15 ans de tabagisme et plusieurs échecs avec les patchs et les gommes à la nicotine. Je ne suis pas un cas isolé : des millions de Français ont le même parcours.

L’accompagnement : ce qui fait la différence

Mais voici quelque chose que les politiques ne comprennent pas : le vapotage n’est pas qu’une simple substitution. C’est un parcours, une transition, un accompagnement.

Chez eliquide-diy.fr, nous ne vendons pas juste des produits. Nous proposons :

  • Des conseils personnalisés pour choisir le bon taux de nicotine
  • Un accompagnement progressif pour descendre en nicotine, étape par étape
  • Des tutoriels pour le DIY, permettant aux vapoteurs de devenir autonomes et de réduire leurs coûts
  • Un service client réactif qui répond aux questions, rassure, oriente
  • Une communauté où les vapoteurs partagent leurs expériences, leurs réussites, leurs doutes

Ce travail d’accompagnement est invisible pour le gouvernement, mais il est fondamental. Beaucoup de nos clients commencent à 18 mg/ml de nicotine, puis descendent progressivement à 12, puis 6, puis 3, et finissent par vaper du 0 mg. Certains arrêtent complètement. D’autres continuent à vaper sans nicotine par plaisir, mais sans aucune dépendance.

Ce parcours vers le sans tabac, puis vers le sans nicotine, c’est exactement ce que la santé publique devrait encourager. Mais l’article 23 fait l’inverse : il casse ce parcours en privant les vapoteurs de leurs points d’accès, de leurs produits abordables, de leur accompagnement.

Les conséquences sanitaires prévisibles : un désastre annoncé

Si l’article 23 passe tel quel, voici ce qui va se passer. Ce n’est pas de la spéculation, c’est de la logique pure :

1. Retour massif au tabac

Sans accès facile à des produits de vape abordables, des centaines de milliers de vapoteurs vont retourner à la cigarette. Pourquoi ? Parce que :

  • Les prix vont exploser avec les taxes (un flacon de 50 ml pourrait passer de 15 € à plus de 20 €)
  • L’accès sera compliqué, surtout en zones rurales
  • Les buralistes ne proposent pas l’accompagnement et le conseil que proposent les boutiques spécialisées

2. Explosion du marché noir

Quand vous interdisez un produit légal que 4 millions de personnes utilisent, vous ne supprimez pas la demande. Vous la transférez vers le marché noir. Et le marché noir, c’est :

  • Des produits non contrôlés, potentiellement dangereux
  • Aucune traçabilité, aucune garantie de qualité
  • Des circuits criminels qui se renforcent
  • Aucune recette fiscale pour l’État

Nous avons déjà vu ce scénario se produire dans d’autres pays qui ont surtaxé ou interdit la vape. Résultat : marché noir en expansion et retour au tabac. Est-ce vraiment ce que veut la France ?

3. Perte d’un outil de sevrage pour les futurs fumeurs

Les jeunes qui fumeraient demain n’auront plus accès à un outil de sevrage efficace. Les fumeurs actuels qui envisagent d’arrêter perdront une option qui a fait ses preuves. C’est un recul sanitaire majeur.

Le cas particulier du DIY : l’absurdité poussée à l’extrême

Chez eliquide-diy.fr, nous sommes spécialisés dans le « Do It Yourself » : nous vendons des bases neutres, des arômes concentrés, des boosters de nicotine pour que les vapoteurs puissent fabriquer eux-mêmes leurs e-liquides.

C’est une pratique économique, écologique, et pédagogique. Les vapoteurs deviennent autonomes, réduisent leurs coûts, comprennent ce qu’ils consomment, et peuvent ajuster précisément leur taux de nicotine pour descendre progressivement.

Mais l’article 23 taxe TOUT : les e-liquides nicotinés, bien sûr, mais aussi les bases neutres 0 mg, les arômes alimentaires sans nicotine, et même les flacons vides.

Vous voyez l’absurdité ? On taxe des produits qui ne contiennent aucune nicotine, aucune substance addictive, sous prétexte qu’ils « pourraient » servir à faire du e-liquide. C’est comme taxer le sucre et la farine parce qu’on « pourrait » faire des gâteaux.

Cette taxation aveugle va :

  • Rendre le DIY trop cher pour la majorité des vapoteurs
  • Tuer une pratique qui permet justement de réduire les coûts et d’accompagner le sevrage
  • Pousser les gens vers des produits tout prêts, plus chers, moins personnalisables
  • Ou vers le marché noir, évidemment

Pourquoi cette loi est-elle si absurde ?

Prenons du recul. Essayons de comprendre la logique derrière l’article 23. Le gouvernement dit vouloir :

  • Protéger la santé publique : mais la vape est 95% moins nocive que le tabac et aide à arrêter de fumer
  • Harmoniser la fiscalité européenne : mais la directive européenne prévoit une taxation à partir de 2028, pas 2026, et à des niveaux bien plus élevés (12 à 36 centimes/ml)
  • Encadrer le vapotage : mais détruire une filière entière n’est pas « encadrer », c’est anéantir

La réalité, c’est que cette loi ressemble davantage à un cadeau fait aux lobbies du tabac qu’à une mesure de santé publique.

En étranglant la filière indépendante de la vape (qui représente 85% du marché), on favorise mécaniquement :

  • Les bureaux de tabac, contrôlés par l’État et historiquement liés à l’industrie du tabac
  • Les grandes multinationales du tabac (Philip Morris, BAT, Imperial Brands…) qui développent leurs propres produits de vapotage et qui ont les moyens de s’adapter aux nouvelles contraintes

Pendant ce temps, les PME françaises, les entrepreneurs indépendants, les boutiques familiales, les e-commerces comme le nôtre : nous, on crève.

Que peut-on faire ?

Il reste encore du temps. Le projet de loi de finances 2026 n’est pas encore voté. Les débats parlementaires ont lieu en ce moment même. Des amendements peuvent être déposés. L’article 23 peut être retiré, ou a minima, profondément modifié.

La FIVAPE (Fédération Interprofessionnelle de la Vape) a lancé une pétition et une campagne de sensibilisation auprès des élus. Des centaines de milliers de vapoteurs et de professionnels se mobilisent.

Mais nous avons besoin de vous. Nous avons besoin que les citoyens, les vapoteurs, les ex-fumeurs, les professionnels de santé, les économistes, tout le monde comprenne l’absurdité de cette loi.

Ce que vous pouvez faire :

  • Signer la pétition de la FIVAPE
  • Écrire à vos députés et sénateurs
  • Partager l’information autour de vous
  • Témoigner de votre parcours si vous êtes un ex-fumeur grâce à la vape
  • Relayer sur les réseaux sociaux avec le hashtag #NonÀLarticle23

Conclusion : une loi contre l’intérêt général

L’article 23 du projet de loi de finances 2026 n’est pas une simple réforme fiscale. C’est une bombe à retardement pour la santé publique, pour l’économie, pour l’emploi, et pour des millions de Français qui ont réussi à sortir du tabac grâce à la vape.

Cette loi est absurde parce qu’elle :

  • Détruit 20 000 emplois dans une période où le chômage reste un enjeu majeur
  • Favorise le retour au tabac, responsable de 75 000 morts par an en France
  • Encourage le marché noir, incontrôlé et dangereux
  • Prive les Français d’un outil de sevrage efficace et reconnu
  • Casse un parcours d’accompagnement vers le sans tabac et le sans nicotine
  • Offre un monopole aux lobbies du tabac au détriment des PME indépendantes

En tant que professionnel de la filière, mais aussi en tant que citoyen et ex-fumeur, je refuse de croire que nos élus voteront cette loi en l’état. Je refuse de croire qu’on sacrifiera des milliers d’emplois et des millions de vies pour satisfaire des intérêts économiques contraires à la santé publique.

Il est encore temps d’agir. Il est encore temps de dire non.


J.M.
Responsable production et logistique
eliquide-diy.fr

22 octobre 2025


Pour aller plus loin :

Laisser un commentaire