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Prix Renaudot 2026, Thélyson Orélien reste en course malgré son éviction du Goncourt

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Le mercredi 7 octobre 2026, le jury du prix Renaudot a publié sa deuxième sélection, et C’était ça ou mourir de Thélyson Orélien y figure toujours. Écarté du Goncourt le 25 septembre puis absent de la deuxième liste du Femina la veille, le roman reste en lice pour l’un des grands prix d’automne. Voici les neuf romans et les six essais encore en course, et ce que cette décision change dans l’affaire qui secoue la rentrée littéraire.

Le Renaudot garde C’était ça ou mourir parmi ses neuf romans

La liste a été rendue publique en fin de journée mercredi, comme le prévoyait le calendrier des prix d’automne. Le jury, présidé par Frédéric Beigbeder, compte dix membres, parmi lesquels Jean-Marie Gustave Le Clézio, Dominique Bona et Patrick Besson, selon l’AFP. Il n’a donné aucune explication publique sur le maintien du roman de Thélyson Orélien, publié en France chez Grasset.

Cette absence de justification frappe d’autant plus que les deux autres grands jurys ont fait le choix inverse en moins de deux semaines. Le site Mondafrique résume la situation en relevant qu’un même livre peut être jugé trop embarrassant pour deux prix et admissible pour un troisième. Le Renaudot ne s’est pas prononcé sur le fond des accusations, il a simplement laissé le livre dans la course, ce qui ne préjuge en rien du palmarès final.

Quels sont les neuf romans de la deuxième sélection du Renaudot 2026 ?

Voici la liste complète publiée par le jury, telle que relayée par ActuaLitté.

  • Boris Bergmann, Minotaure (Albin Michel)
  • Jean-Marie Blas de Roblès, Cipango (Zulma)
  • Hemley Boum, Nos vies sauvages (Gallimard)
  • François-Henri Désérable, Le Palais (Gallimard)
  • David Djaïz, La Méthode (Stock)
  • Osvalde Lewat, Un corps indocile (Philippe Rey)
  • Thélyson Orélien, C’était ça ou mourir (Grasset)
  • Anne Percin, Eugénie sous les bombes (Buchet Chastel)
  • Marie Petitcuénot, Heures sauvages (Héloïse d’Ormesson)

Un nom se retrouve dans les deux grandes listes de la semaine. Boris Bergmann et son Minotaure figurent aussi parmi les huit romans retenus par l’Académie Goncourt le 6 octobre. Gallimard place deux titres, avec Hemley Boum et François-Henri Désérable, quand plusieurs maisons plus modestes, de Zulma à Philippe Rey, gardent un pied dans la compétition.

Six essais restent également en lice

Le Renaudot de l’essai a lui aussi réduit sa liste. Six livres restent en course.

  • Jean-Paul Enthoven, Dictionnaire amoureux du bonheur (Plon)
  • Luz, Un diamant dans les gravats (Stock, collection « Ma nuit au musée »)
  • Louis Michaud, Mon ami Curnonsky (Le Rocher)
  • Christophe Ono-dit-Biot, L’Odyssée de l’Odyssée (Grasset)
  • Olivier Rolin, La Guerre éternelle (Gallimard)
  • Joy Sorman, La Vie brute (Flammarion)

Le cas d’Olivier Rolin est singulier. Son livre La Guerre éternelle apparaît dans la sélection essai du Renaudot alors que l’Académie Goncourt l’a retenu parmi ses huit romans. Les deux jurys ne lisent donc pas le même texte de la même manière, ce qui n’est pas inédit dans l’histoire des prix d’automne.

Pourquoi le Goncourt a-t-il écarté le roman de Thélyson Orélien ?

Le vendredi 25 septembre, l’Académie Goncourt a retiré C’était ça ou mourir de sa première sélection de seize romans. Dans son communiqué, cité par le quotidien haïtien Le National, elle invoque des « plagiats dont l’auteur s’est rendu coupable au fil du temps et qui viennent d’être révélés », ainsi que des analyses de chercheurs et de journalistes qu’elle juge « dignes de foi ». Selon ces analyses, le roman serait « très largement le produit d’une intelligence artificielle ». L’Académie dit avoir agi pour préserver « l’intégrité du prix Goncourt et celle de l’Académie ».

La décision n’a pas fait l’unanimité. ActuaLitté rapporte que Pascal Bruckner s’est désolidarisé de ses confrères. Les accusations de plagiat portent sur des textes antérieurs de l’auteur, et non sur le roman lui-même. Celles qui visent le roman reposent sur des soupçons d’écriture assistée par IA, que Thélyson Orélien conteste depuis le premier jour. « J’ai toujours aimé la création et l’écriture, je ne vois pas pourquoi je ferais appel à une machine », avait-il déclaré à Libération.

Le Femina a ensuite laissé le livre hors de sa deuxième sélection, annoncée le mardi 6 octobre. Sept romans français quittaient alors la course, et le jury n’a pas motivé spécifiquement l’absence de celui d’Orélien. Au Québec, les Éditions du Boréal, premier éditeur du livre, ont suspendu dès le 24 septembre les activités promotionnelles autour du roman, tout en précisant qu’il leur était « impossible à ce stade-ci d’infirmer ou de confirmer les allégations » visant l’auteur. La maison a ajouté que « le plagiat est une pratique inacceptable » et condamné « sans réserve » les messages haineux reçus par l’écrivain.

Le Renaudot fait cavalier seul face aux autres jurys

En maintenant le livre, le jury de Frédéric Beigbeder se distingue nettement de ses voisins. Il ne s’agit pas d’une réhabilitation, puisqu’aucun élément nouveau n’a été rendu public pour lever les soupçons. Mais le message envoyé est différent de celui du Goncourt. Tant que la preuve d’une écriture par IA n’est pas apportée, le Renaudot juge le texte admissible dans sa compétition.

Cette position rejoint l’une des questions de fond de l’affaire, celle de la fiabilité des détecteurs d’IA. Comme le rappelle ActuaLitté, ces outils ne peuvent pas établir à eux seuls si un texte a été écrit par un humain ou par une machine. Les tests menés fin septembre par l’AFP avaient déjà donné des résultats contradictoires selon les logiciels utilisés, et nous les détaillions dans notre article sur la polémique autour de C’était ça ou mourir.

Quelles sont les prochaines étapes du prix Renaudot ?

Le jury se réunira le mercredi 28 octobre à 18 heures à l’Hôtel de Massa, siège de la Société des gens de lettres, pour arrêter sa troisième et dernière liste de finalistes en roman comme en essai. Le palmarès sera proclamé le mardi 3 novembre chez Drouant, le même jour que le Goncourt, avec le Renaudot du roman, celui de l’essai et celui du livre de poche.

D’ici là, le Femina fixera sa dernière sélection le 23 octobre et remettra ses prix le 4 novembre. Selon le calendrier publié par Livres Hebdo, le Médicis doit livrer sa deuxième liste le 15 octobre, et l’on saura alors si C’était ça ou mourir, présent dans sa première sélection, y reste ou non. Pour suivre les autres parutions du moment, notre page des sorties livres de la semaine est mise à jour chaque semaine, et la sélection en cours se trouve dans les sorties livres de la semaine du 5 au 11 octobre 2026.

Un prix littéraire peut-il juger un livre sans trancher l’affaire ?

Je retiens de cette deuxième sélection qu’elle ne règle rien, mais qu’elle déplace le débat. Le Goncourt a fait primer la prudence et l’image du prix, le Renaudot fait primer le texte tant qu’aucune preuve ne vient le disqualifier. Les deux positions se défendent, et aucune ne dispense d’attendre le dossier que l’auteur et ses éditeurs avaient annoncé pour établir la genèse du roman. Je continuerai à suivre cette affaire jusqu’au 3 novembre, et je jugerai C’était ça ou mourir sur pièces, pas sur un communiqué ni sur un score de logiciel.

Sources


Sylvie

Sylvie Bell’s

Sylvie ne lit pas vraiment des romans : elle les dévore !! Deux livres dans une journée ne lui font pas peur, surtout lorsqu’un auteur l’accroche assez pour qu’elle parte aussitôt explorer toute sa bibliographie. Curieuse, généreuse et toujours prête à défendre son dernier coup de cœur, elle adore faire circuler les romans autour d’elle, à une condition non négociable : personne n’y touche avant qu’elle ait terminé. Et si elle préfère largement le bruit des pages au clic d’une liseuse, elle admet qu’entre lire sur un écran et ne pas lire du tout, le choix est vite fait.