Le Casse du siècle de Sarah Knafo : ce que contient l’essai qui domine les ventes de la rentrée
Paru le 2 septembre 2026 chez Fayard, Le Casse du siècle est le premier livre de Sarah Knafo, députée européenne Reconquête et ancienne magistrate à la Cour des comptes. En trois semaines, cet essai sur la dépense publique et la fiscalité s’est installé en tête des ventes de livres en France, devant tous les romans de la rentrée. Ce que dit le livre, ce que disent ses chiffres de vente, et ce que lui reprochent ses critiques, voici l’état des lieux au 24 septembre 2026.
Un essai qui se présente comme une enquête sur l’argent public
Le Casse du siècle compte 286 pages et se vend 19,90 euros en grand format, 14,99 euros en numérique, dans la collection Documents, témoignages de Fayard. La présentation de l’éditeur parle d’une enquête sur ce que l’autrice qualifie de crime économique, avec la promesse de nommer les responsables, d’exposer les mécanismes et de proposer une solution à chaque scandale décrit. Le lecteur, selon cette même présentation, doit passer du statut de victime à celui de juge.
Le livre ne prend pas la forme de mémoires ni d’un programme classique. D’après le Journal du Dimanche, Sarah Knafo le construit comme une instruction judiciaire, autour d’un personnage fictif, Nicolas, salarié au revenu médian dont elle calcule qu’il perdrait plus d’un million d’euros au fil de sa carrière en impôts et cotisations. Le prénom rappelle le mème « C’est Nicolas qui paie », apparu sur X vers 2020 et devenu en 2025 un slogan de la critique du poids fiscal. Ce rapprochement est le nôtre, aucune des sources consultées ne dit que l’autrice le revendique.
Le point de départ est la fiche de paie. Selon une recension publiée sur AgoraVox, le livre part d’un salarié payé environ 2 079 euros net par mois pour un coût employeur de 3 922 euros, puis suit l’argent prélevé vers la santé, l’éducation, la sécurité, les retraites et l’administration.
Quelles mesures Sarah Knafo propose-t-elle dans son livre ?
Le Quotidien des entreprises, qui a publié le 15 septembre un décryptage détaillé, résume la thèse centrale ainsi. Le livre affirme qu’il serait possible d’économiser 130 milliards d’euros par an en réorganisant l’action publique. Parmi les pistes relevées par ce média :
- la suppression de 800 000 postes publics en cinq ans par le non-remplacement des départs, pour 40 milliards d’euros d’économies selon le livre ;
- la restriction de l’accès des résidents étrangers à certaines prestations ;
- la limitation du RSA à trois ans ;
- la fin de l’aide publique au développement ;
- la privatisation de l’audiovisuel public ;
- la suppression des droits de succession, qui rapportent 16,1 milliards d’euros selon les chiffres cités.
Le livre relève aussi que 29 % des personnels hospitaliers ne sont pas des soignants, toujours selon ce décryptage. CNews a annoncé fin août quinze mesures au total, portant notamment sur les impôts, la dépense, la CSG et les successions. L’article n’a pas pu être consulté et la liste complète n’est donc pas reprise ici.
Les chiffres attribués au livre sont ceux que les médias rapportentc voir les sources n fin d’article). Sarah Knafo est assez présente sur les réseaux sociaux et sur les plateaux télé. Pour celles et ceux qui l’ont déjà vu ou entendu, les thèses qu’elle avance ne sont pas nées avec ce livre, mais sont défendues et débatues depuis un moment déjà.
Des ventes sans équivalent pour un essai politique
Le succès commercial est le fait le mieux documenté. Selon Livres Hebdo, le livre était en tête des précommandes sur Amazon dès le 26 juillet, et l’éditeur estime que le site concentre près de la moitié de la mise en place initiale. Le premier tirage de 100 000 exemplaires s’est révélé insuffisant, Fayard réimprimant entre 18 000 et 24 000 exemplaires par jour depuis fin août. Plus de 10 000 exemplaires numériques se sont vendus en cinq jours, en partie parce que le papier manquait en magasin. Livres Hebdo rapporte aussi des ruptures chez des libraires… Du jamais vu !
Les chiffres diffèrent légèrement selon le panel utilisé, ce qui est normal. D’après Edistat, cité par ActuaLitté, le livre est entré directement à la première place avec 60 584 exemplaires sur la semaine du 31 août au 6 septembre. Il est resté numéro un la semaine suivante avec 55 929 exemplaires, pour un cumul de 116 924 au 13 septembre. Il devance de plus de 30 000 exemplaires le deuxième du classement, une édition scolaire des Cahiers de Douai de Rimbaud. La semaine précédant sa sortie, la première place revenait à Freida McFadden, qui dominait jusque-là les ventes de l’été avec Le Dîner.
Sur le panel GfK, Entrevue relevait 63 087 exemplaires au 8 septembre. Le même article comparait avec d’autres livres de responsables politiques parus en 2026, 6 833 exemplaires pour Raphaël Glucksmann, 3 576 pour Gabriel Attal, 1 302 pour François Hollande, dont le livre est sorti à un jour d’intervalle. Le JDD évoque de son côté plus de 120 000 exemplaires en deux semaines.
Une promotion pensée comme une série policière
Le lancement emprunte les codes du polar. Le site officiel du livre reprend l’esthétique du tableau d’enquête, photos reliées par des fils rouges, et le JDD y a relevé les visages d’Emmanuel Macron, de François Hollande ou d’Ursula von der Leyen. Le site propose un simulateur censé chiffrer ce que le « casse » coûte à chacun, une rubrique de sources et l’agenda des dédicaces, présentées comme de « prochains indices ». Le JDD mentionne une tournée passant notamment par Paris, Strasbourg, Cannes, Bordeaux, Bruxelles, Londres et Genève, ainsi que des couvertures du Point, du Figaro Magazine et du JDD avant la sortie.
Le calendrier compte aussi. Le livre paraît à quelques mois de l’élection présidentielle de 2027 et, selon le JDD, il donne à Reconquête une doctrine économique fondée sur la baisse des impôts et de la dépense.
Que reprochent les critiques au Casse du siècle ?
Les critiques ne portent pas tant sur les données de départ que sur ce qu’on en tire. Le Quotidien des entreprises reconnaît que le livre s’appuie sur des chiffres officiels exacts, mais estime qu’additionner des budgets ne donne pas des économies nettes. Il cite trois limites. Certaines dépenses reposent sur des contrats qui continuent de courir, comme les contrats de soutien aux énergies renouvelables. D’autres coûts se déplacent ailleurs, par exemple vers les hôpitaux si l’aide médicale d’État disparaît. Enfin, la mise en œuvre est peu détaillée. La recension d’AgoraVox va dans le même sens, les sources sont jugées largement fiables, certaines extrapolations restent discutées.
Deux vérifications de fond ont été publiées. L’une vient de franceinfo, « Vrai ou faux. Sarah Knafo a-t-elle raison de dénoncer dans son livre un « casse du siècle » orchestré par l’État au détriment des contribuables ? ». L’autre, « Vrai ou faux, cinq affirmations du livre que Sarah Knafo vient défendre à Menton », vient de TBM06.
Les soutiens du livre défendent au contraire sa lisibilité. Selon Opinion Internationale, l’ouvrage associe documents, témoignages, analyses et propositions, plutôt qu’un simple tract. Il faut aussi rappeler qui écrit. Sarah Knafo, née en 1993, est passée par Sciences Po et l’ENA et a été magistrate à la Cour des comptes de 2020 à 2024. Elle a conseillé Éric Zemmour pendant la campagne de 2022 avant d’être élue au Parlement européen en 2024.
Pourquoi ce livre compte dans la rentrée littéraire
Cette rentrée, c’est un essai politique qui tient la tête des ventes, devant les romans et devant les ouvrages scolaires qui occupent la moitié du top 10 en septembre, selon ActuaLitté. Cette même rentrée a déjà connu sa polémique côté fiction, avec l’affaire Thélyson Orélien et le soupçon d’écriture par IA. Les deux sujets n’ont rien en commun, sinon d’avoir fait parler bien au-delà des lecteurs habituels.
Ce que je retiens, c’est un livre qui a su parler à un large public. Sarah Knafo part de la fiche de paie pour suivre l’argent public jusqu’au bout, avec des chiffres officiels dont même ses critiques reconnaissent l’exactitude, et elle ne s’arrête pas au constat puisqu’elle met des propositions chiffrées sur la table. Plus de 116 000 lecteurs en deux semaines se sont emparés du sujet, et j’ai choisi de présenter le livre à partir des faits pour que chacun puisse se faire sa propre idée. Pour suivre les autres parutions de la saison, notre page des sorties livres de la semaine est mise à jour chaque semaine.
Sources
- Fayard, fiche du livre Le Casse du siècle
- Le JDD, « Le Casse du siècle, Sarah Knafo sort son premier livre »
- Le JDD, « Le Casse du siècle, la fabrique du phénomène Sarah Knafo »
- Livres Hebdo, comment Amazon a propulsé le démarrage commercial du livre
- ActuaLitté, meilleures ventes du 31 août au 6 septembre 2026
- ActuaLitté, meilleures ventes du 7 au 13 septembre 2026
- Entrevue, ventes comparées des livres politiques
- Le Quotidien des entreprises, décryptage du Casse du siècle, 15 septembre 2026
- AgoraVox, recension du livre
- Opinion Internationale, 28 juillet 2026
- Site officiel du livre
- Wikipédia (en), Sarah Knafo
Sylvie
