NAZA : 80 minutes d’accusation, 25 minutes d’ovation et aucune preuve vérifiable apportée au public
Il y a quelque chose de profondément dérangeant dans la manière dont NAZA vient d’être consacré à Venise.
Pas parce qu’un film critique Israël. Pas parce que des Israéliens critiquent leur gouvernement. Et pas parce que des soldats prennent la parole.
Mais parce qu’une accusation d’une gravité exceptionnelle, l’existence d’un système israélien organisé pour tuer massivement et intentionnellement des civils palestiniens, a été imposée comme une vérité alors que le public ne dispose d’aucun élément lui permettant d’en vérifier le fondement.
Quatre-vingts minutes de film.
Vingt-quatre témoins anonymes.
Une accusation visant une armée entière, ses structures de renseignement et, par extension, l’État qui les dirige.
Près de vingt-cinq minutes d’ovation debout à la Mostra de Venise.
Puis le Prix spécial du jury.
Le tout avant qu’un véritable contradictoire public ait pu avoir lieu sur les accusations précises présentées dans le film.
La fiche officielle de la Biennale ne présente d’ailleurs pas NAZA comme une interrogation. Son synopsis affirme que le documentaire « révèle en détail les systèmes derrière le massacre calculé de civils palestiniens à Gaza par Israël ». Les réalisateurs écrivent eux-mêmes avoir utilisé leur « position d’Israéliens » pour examiner le système responsable, selon eux, de ce massacre.
C’est essentiel. NAZA ne commence pas par une question. Il commence par sa conclusion. Et cette conclusion existait bien avant que les lumières de la Sala Grande ne s’éteignent.
Yuval Abraham n’a pas découvert sa thèse pendant le tournage
Présenter Yuval Abraham comme un journaliste qui aurait suivi ses sources avant d’arriver progressivement à une conclusion serait trompeur. Sa grille politique est ancienne, publique et revendiquée.
À 19 ans, Abraham devait servir dans le renseignement militaire israélien. Il raconte lui-même avoir abandonné cette affectation après environ une semaine. Et il précise explicitement que ce choix était aussi politique : il ne voulait pas, écrit-il, que sa connaissance de l’arabe devienne « une arme ».
Il quitte ensuite Tsahal après une brève affectation administrative. Ce récit ne vient pas de ses opposants : il vient de lui.
Son apprentissage de l’arabe prend ensuite chez lui une dimension directement politique. Il s’immerge dans la langue palestinienne, construit des liens dans les territoires et fait progressivement de la question palestinienne le cœur de son activité journalistique.
Puis il rejoint +972 Magazine et son équivalent hébraïque Local Call / Sikha Mekomit. Et il faut arrêter de présenter ces publications comme s’il s’agissait de simples rédactions généralistes sans orientation particulière.
+972 définit lui-même sa mission comme consistant notamment à mettre en lumière ceux qui combattent « l’occupation et l’apartheid ». Dans un éditorial de 2022, la rédaction explique considérer l’« apartheid » comme le cadre approprié pour décrire Israël-Palestine, parle d’« expansion coloniale », propose d’analyser le sionisme comme un « projet colonial de peuplement » et revendique un journalisme « intersectionnel » et « progressiste ».
Local Call va tout aussi loin dans sa propre présentation. Le média se définit explicitement comme une maison de « journalisme activiste », affirme soutenir la fin de l’occupation de 1967 et le droit au retour des réfugiés palestiniens.
Il ne s’agit donc pas d’étiquettes distribuées par leurs adversaires. Ce sont leurs propres définitions.
Lorsque Yuval Abraham enquête sur Tsahal pour ces publications, il ne travaille donc pas pour une rédaction qui prétend se placer à égale distance de toutes les lectures politiques du conflit. Il travaille dans un environnement journalistique qui a déjà adopté une grille très précise concernant Israël.
Et Abraham lui-même va encore plus loin. En octobre 2025, près d’un an avant la sortie de NAZA, il publie dans +972 un article intitulé : « The logic that helped Israeli liberals commit genocide ». Le terme « génocide » n’y est pas présenté comme une hypothèse judiciaire encore débattue. C’est son vocabulaire. Son verdict.
Lorsqu’il présente NAZA en septembre 2026, Yuval Abraham ne vient donc pas de découvrir, grâce à vingt-quatre inconnus rencontrés sur des toits de Tel-Aviv, qu’Israël aurait commis un génocide. Il l’écrivait déjà auparavant.
C’est pourquoi NAZA ne peut raisonnablement être présenté comme l’enquête ayant conduit son auteur à cette conclusion. C’est un film construit pour étayer une conclusion qu’il avait déjà publiquement adoptée.
Rachel Szor n’essaie pas davantage de masquer l’objectif politique
Rachel Szor et Yuval Abraham ont eux-mêmes expliqué au Monde, au moment de la sortie du film : « En tant qu’Israéliens, nous sommes tous complices dans une certaine mesure des crimes perpétrés à Gaza. »
Ce n’est pas la phrase d’enquêteurs annonçant qu’ils vont confronter plusieurs hypothèses. C’est une accusation politique et morale dirigée contre leur propre société, et le public a le droit de savoir qui lui parle et depuis quelle position.
Le Guardian n’est pas un arbitre extérieur de NAZA : il en est le producteur
C’est probablement l’un des éléments les plus sous-estimés de toute cette affaire. Lorsque les réalisateurs sont attaqués sur la fiabilité de leurs témoins anonymes, une réponse revient constamment : The Guardian a vérifié les sources.
Très bien. Mais The Guardian n’est pas ici un média extérieur qui serait venu auditer indépendamment une enquête réalisée par d’autres. The Guardian produit NAZA.
La Biennale l’indique noir sur blanc. Le film est produit par The Guardian et JW Films. Les producteurs nommément crédités côté Guardian sont Harry Davies et Lindsay Poulton ; Paul Lewis et Nicole Jackson figurent parmi les producteurs exécutifs. James Wilson produit via JW Films. Jonathan Glazer est producteur exécutif.
Et les réalisateurs reconnaissent eux-mêmes que la matière journalistique du film provient largement des enquêtes menées conjointement par +972 Magazine, Local Call et The Guardian.
Nous avons donc une chaîne extrêmement resserrée :
- +972 et Local Call produisent les enquêtes,
- Yuval Abraham travaille pour ces publications,
- The Guardian collabore aux enquêtes,
- The Guardian produit ensuite le documentaire,
- The Guardian publie des articles annonçant ses révélations,
- The Guardian interviewe ses réalisateurs,
- The Guardian publie les critiques du film,
- The Guardian défend publiquement le film lorsqu’il est contesté,
Enfin, The Guardian explique que les sources sont fiables parce que The Guardian les a vérifiées.
Absolument rien dans le pseudo document NAZA n’est le résultat d’une chaîne de vérifications indépendantes. C’est le même écosystème éditorial qui enquête, produit, publie, promeut, puis certifie lui-même la solidité de sa propre enquête.
Le Guardian avait lui-même adopté la qualification de « génocide » bien avant NAZA
Il faut également regarder la ligne éditoriale du producteur. Le 16 septembre 2025, soit un an exactement avant aujourd’hui, l’éditorial officiel du Guardian affirmait que le monde ne pouvait plus détourner les yeux d’un « génocide » à Gaza et appelait le gouvernement britannique à reconnaître cette qualification. D’autres éditoriaux du journal employaient des termes tels qu’« annihilation », « carnage » ou « nettoyage ethnique » pour décrire les politiques israéliennes.
Le producteur de NAZA n’arrive donc pas davantage dans ce projet sans position préalable sur l’accusation centrale. Cela signifie que l’on ne peut pas invoquer la position préalable du Guardian comme s’il s’agissait d’une expertise indépendante validant la thèse de NAZA.
Jonathan Glazer : un autre partenaire dont les positions publiques sont connues
Le nom de Jonathan Glazer n’est pas anodin non plus. Producteur exécutif de NAZA, le réalisateur de The Zone of Interest avait utilisé la scène des Oscars en 2024 pour dénoncer ce qu’il présentait comme l’instrumentalisation de la judéité et de la Shoah par « une occupation » ayant conduit au conflit actuel. Son discours avait déclenché une importante controverse jusque dans le monde culturel juif.
Chacun est libre de partager ses positions, mais lorsqu’on examine le projet NAZA, il est intellectuellement malhonnête de présenter tous ceux qui participent à sa fabrication comme autant de regards indépendants convergeant miraculeusement vers la même conclusion. Ils appartiennent tous à un environnement culturel, journalistique et politique ayant déjà exprimé publiquement une lecture extrêmement critique d’Israël.
Vingt-quatre témoins anonymes : le public doit croire ceux qui demandent à être crus
Le cœur de NAZA repose prétendument sur vingt-quatre membres ou anciens membres des structures militaires et de renseignement israélien. Leur anonymat peut avoir des raisons parfaitement compréhensibles, mais ses conséquences sont considérables : le spectateur ne connaît ni leur identité, ni leur grade, ni leur fonction exacte, ni leur niveau d’habilitation, et ignore quelles informations ou décisions ils avaient réellement la possibilité de connaître.
Il ne peut pas vérifier si un témoin rapporte une décision à laquelle il a personnellement participé, une information entendue d’un collègue ou une interprétation rétrospective.
Les réalisateurs et The Guardian disent savoir qui ils sont. Le public, lui, doit leur faire confiance.
Et pourtant, à partir de ces témoignages cachés, NAZA ne prétend pas démontrer quelques bavures isolées. Les auteurs insistent au contraire sur le fait que leur cible est le système lui-même : les ordres, les politiques, les pratiques admises et ceux qui les exécutent. C’est une accusation gigantesque. Et NAZA ne fournit pas au spectateur la moindre démonstration publique permettant de contrôler de manière indépendante chacune de ses accusations les plus graves.
« 500 » : un nombre lancé dans une salle obscure peut faire beaucoup plus de dégâts qu’une démonstration
La séquence la plus frappante concerne le chiffre de 500. Un témoin anonyme affirme qu’une opération aurait été autorisée avec un niveau de victimes civiles anticipées pouvant atteindre cinq cents personnes afin de tuer un membre du Hamas.
Ce chiffre est immédiatement devenu l’un des éléments les plus repris du film. Et son pouvoir rhétorique est évident. Une fois le nombre « 500 » imprimé dans l’esprit du spectateur, il ne reste plus seulement comme l’allégation portant sur une opération particulière. Il devient l’illustration mentale de la manière dont Israël ferait la guerre.
C’est précisément pour cela qu’une affirmation aussi spectaculaire devrait être accompagnée d’éléments extraordinairement solides. Or publiquement, que possédons-nous ?
- Pas le nom du témoin,
- Pas la date de l’opération,
- Pas le nom de la cible,
- Pas le lieu,
- Pas le document autorisant l’opération,
- Pas la chaîne de commandement,
- Pas même la confirmation publique que la frappe en question a effectivement été exécutée.
Tsahal affirme catégoriquement qu’aucune opération ayant autorisé un niveau approchant cinq cents victimes civiles n’a été planifiée ou exécutée. À ce jour, les réalisateurs n’ont rendu publics aucun élément permettant à un tiers d’identifier l’opération et de vérifier leur affirmation indépendamment d’eux.
NAZA montre une personne cachée prononçant le nombre 500. Il ne montre pas au public la preuve opérationnelle correspondant à ce nombre.
Et pourtant le chiffre voyage. Il devient un titre, puis une citation, puis un « fait » rappelé dans d’autres articles, puis l’une des images mentales associées à Tsahal. C’est exactement ainsi qu’une accusation peut acquérir une puissance supérieure aux éléments accessibles permettant de la démontrer.
L’affaire de l’hôpital Al-Ahli aurait dû apprendre au monde médiatique à se méfier de ce mécanisme
Le 17 octobre 2023, une explosion frappe l’enceinte de l’hôpital Al-Ahli de Gaza. L’accusation est immédiate : frappe israélienne. Le chiffre qui circule : environ 500 morts, puis 471 selon les autorités sanitaires de Gaza. Une partie considérable de la planète reçoit ces deux informations avant que les investigations n’aient réellement commencé.
Les analyses postérieures changent profondément le tableau. Le renseignement américain conclut avec un niveau de confiance élevé qu’Israël n’est absolument pas responsable et qu’une roquette palestinienne défaillante est la cause la plus probable. La France arrive également à la conclusion qu’une frappe israélienne n’est pas le scénario envisageable. Human Rights Watch considère elle aussi qu’un projectile palestinien est l’explication la plus vraisemblable.
Que devient le bilan initial annonçant près de 500 victimes civiles ? Une source du renseignement européen citée par l’AFP a estimé le nombre de morts à 50 au maximum. Human Rights Watch a observé pour sa part entre 65 et 75 corps ou sacs mortuaires visibles sur les photographies disponibles et jugeait le chiffre de 471 disproportionné avec les dégâts constatés.
Pourquoi rappeler Al-Ahli ? Parce que l’épisode démontre qu’un nombre spectaculaire et une attribution immédiate peuvent faire le tour du monde bien avant que les faits aient été établis. Le correctif, lui, arrive toujours plus tard. Le chiffre de « 500 » lancé par NAZA mérite donc exactement la vigilance que les rédactions auraient dû exercer le 17 octobre 2023.
Autre problème majeur : le contradictoire
Le film est déjà récompensé et publiquement acclamé lorsque, dans le même temps, Tsahal demande à pouvoir le visionner intégralement. Selon Tsahal, les accusations précises du montage final ne lui avaient pas été soumises de façon à permettre une réponse détaillée avant la première. Après la projection, l’armée a demandé à visionner le documentaire dans son intégralité afin de répondre aux différentes accusations.
À ce moment-là, le film avait déjà été projeté devant le monde entier et ses principales accusations circulaient dans la presse. Puis il a obtenu son prix.
Le problème n’est pas de dire que Tsahal aurait dû disposer d’un droit de veto sur le film. Évidemment pas. Le problème est beaucoup plus élémentaire : une accusation d’une telle gravité aurait dû subir le maximum de contradictoire possible avant d’être transformée en vérité culturelle mondiale. Ce n’est pas ce qui s’est produit.
Vingt-cinq minutes debout : Venise n’a pas vérifié NAZA, Venise l’a consacré
Et puis il y a cette scène : une salle entière debout, des applaudissements interminables, des drapeaux palestiniens brandis comme des trophées, près de vingt-cinq minutes d’acclamation. Un record.
Personne ne peut évidemment sonder individuellement les motivations de chaque personne présente, mais personne ne peut sérieusement soutenir non plus que la scène était politiquement neutre. NAZA venait apporter à un public déjà profondément mobilisé par Gaza, et profondément contre Israël, quelque chose d’extrêmement puissant : une accusation israélienne contre Israël.
Les réalisateurs eux-mêmes revendiquent précisément cette fonction lorsqu’ils expliquent vouloir utiliser leur « position d’Israéliens ». C’est là que leur identité devient essentielle, car l’accusation n’est plus « Les Palestiniens accusent Tsahal », mais elle devient « Des Israéliens accusent Tsahal », mieux encore : « Des militaires israéliens le reconnaissent eux-mêmes. »
Dans le débat public occidental, la différence est immense. L’identité du messager confère à l’accusation une autorité particulière. Elle permet le raisonnement : « Ils sont Israéliens ; ils savent donc de quoi ils parlent. » Une nationalité deviendrait-elle une méthode de preuve ? Une identité une expertise automatique ?
Et vingt-cinq minutes d’applaudissements ne transforment pas une source anonyme en documentaire établi sur des faits prouvés, contrôlés et fiables.
Le film arrive en outre dans une Europe où le conflit israélo-palestinien déborde déjà massivement sur les Juifs. C’est ici que la question de l’antisémitisme doit être abordée avec précision.
Benjamin Netanyahu, le chef d’état-major Eyal Zamir et d’autres responsables israéliens ont publiquement qualifié le film ou son message d’antisémite et trompeur. Les réalisateurs rejettent évidemment cette accusation.
Une chose n’est pourtant pas discutable : le film paraît dans une Europe où la haine liée à Israël déborde déjà sur des personnes juives qui n’ont aucun rapport avec le gouvernement israélien. En France, le ministère de l’Intérieur a recensé 1 320 actes antisémites en 2025, soit 53 % de l’ensemble des faits antireligieux recensés cette année-là. Le ministère précise que les trois années suivant le 7-Octobre constituent les niveaux les plus élevés observés depuis vingt-cinq ans.
Au niveau européen, l’Agence des droits fondamentaux constate elle aussi une hausse considérable après le 7-Octobre. En Allemagne, par exemple, les données citées par l’agence montrent que près de 68 % des incidents antisémites enregistrés en 2024 étaient liés à Israël.
Voilà pourquoi les mots employés sur Israël n’existent pas dans un laboratoire. Lorsqu’un État entier est présenté comme organisant intentionnellement le massacre de civils, lorsque ses citoyens sont décrits comme collectivement complices, lorsque cette accusation est consacrée par les plus grandes institutions culturelles et lorsque le mot « génocide » passe progressivement du registre de l’accusation à celui de l’évidence médiatique, il serait irresponsable d’ignorer le climat dans lequel des Juifs européens entendent ensuite : « Vous êtes génocidaires. »
Les juifs du monde entier ont le droit, et sont libres d’être sionistes sans être traités de nazis, de tueurs d’enfants ou de génocidaires. Un juif français a le droit de soutenir Tsahal sans risquer pour sa sécurité. Une synagogue européenne a le droit de prier pour les soldats de Tsahal qui se battent depuis 3 ans pour une agression qui a tué des centaines de civils le 7 octobre. Un étudiant israélien à Londres ou à Paris ne doit pas être pris à partie parce que juif ou Israélien.
Et pourtant la réalité européenne démontre déjà que ces distinctions ne sont plus respectées. C’est cela que la célébration de NAZA devrait également obliger à regarder.
Le 7-Octobre, arrière-plan lointain d’un récit reconstruit autour de la culpabilité israélienne
Le 7 octobre 2023, le Hamas et d’autres groupes armés palestiniens ont attaqué le territoire israélien. Une commission de l’ONU estime qu’au moins 809 civils ont été tués ce jour-là et que 251 personnes ont été prises en otage.
La représentante spéciale de l’ONU sur les violences sexuelles a conclu qu’il existait des motifs raisonnables de croire que des viols et viols collectifs avaient eu lieu en plusieurs endroits. Dans plusieurs cas documentés, les victimes auraient été violées puis tuées. Des informations jugées claires et convaincantes établissent également des violences sexuelles contre certains otages.
Ces faits sont le point de départ historique de la guerre. Ils ne sont pas un détail ni une parenthèse. Ils ne peuvent pas disparaître derrière un récit dans lequel l’armée israélienne apparaît seulement comme une gigantesque structure bureaucratique ayant décidé, presque hors-sol, de tuer des Palestiniens.
La guerre a commencé parce qu’un État a subi l’attaque la plus meurtrière de son histoire. Des otages ont été emmenés à Gaza. Israël a ensuite engagé une opération militaire visant notamment à les retrouver et à détruire l’appareil militaire du Hamas.
Le véritable problème de NAZA tient finalement en une seule phrase
Le film prétend démontrer quelque chose d’immense : un système israélien organisé de mise à mort intentionnelle de civils.
Or, sur plusieurs de ses accusations les plus spectaculaires, NAZA ne donne pas au public le moindre élément lui permettant de vérifier indépendamment ce qu’il affirme. C’est cela le problème.
- Pas l’existence de critiques contre Israël.
- Pas la liberté d’expression des réalisateurs.
- Pas leur droit de faire un film.
Le problème est celui de la preuve.
- Les témoins décisifs sont anonymes.
- Le chiffre emblématique de « 500 » n’est rattaché publiquement à aucune opération identifiable.
- Le producteur principal du film est également l’un des partenaires journalistiques des enquêtes qui l’alimentent.
- +972 et Local Call revendiquent une ligne activiste et des conclusions politiques explicites sur Israël.
- The Guardian avait déjà adopté publiquement la qualification de génocide avant la sortie du documentaire.
- Yuval Abraham employait lui aussi cette qualification près d’un an avant la première.
Rachel Szor et lui affirment publiquement que les Israéliens sont, dans une certaine mesure, complices des crimes commis à Gaza, et malgré tout cela, le film est reçu dans une partie de la presse internationale comme si le verdict qu’il annonce constituait lui-même la preuve de sa démonstration.
Non.
- Un réquisitoire n’est pas un jugement.
- Un témoin anonyme n’est pas un document public.
- Une vérification effectuée par le producteur du film n’est pas une expertise extérieure indépendante.
- Un chiffre choc n’est pas une preuve simplement parce qu’il est répété.
- Une ovation n’établit aucun fait.
Et surtout : être Israélien ne confère à personne le pouvoir de transformer une accusation contre Israël en vérité automatique.
Si NAZA veut porter l’une des accusations les plus graves qu’il soit possible de porter contre une armée et un État, alors les réalisateurs doivent accepter une exigence à la hauteur de cette accusation :
- Des faits contrôlables,
- Des opérations identifiables,
- Des documents qui étayent LEUR VÉRITÉ,
- Un contradictoire véritable,
- Des éléments permettant à des journalistes n’appartenant pas au même réseau éditorial de vérifier indépendamment leurs affirmations.
Jusqu’à présent, le public dispose surtout d’un film qui demande qu’on lui fasse confiance. À Venise, cette confiance lui a été accordée avec enthousiasme. Pendant près de vingt-cinq minutes.
Mais le bruit d’une salle debout n’a jamais transformé une accusation en preuve.
Sylvain
NDLR : cet article ne porte pas sur la qualité cinématographique de NAZA, film que je n’ai pas encore pu voir, mais sur les conditions de sa réception publique et médiatique à Venise.
