Rentrée cinéma 2026 : les films qu’on attend et ceux qui nous surprennent

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Tom Cruise en tycoon catastrophique dirigé par Iñárritu. Jeremy Strong en Zuckerberg chez Aaron Sorkin. Un film sur Jean Moulin avec Gilles Lellouche. L’automne s’annonce chargé.

Septembre 2026  •  Catégorie : Cinéma / Critique libre  •  Preview rentrée

L’été a été marqué par L’Odyssée de Nolan, film d’une ambition rare qui a prouvé qu’un grand budget peut encore servir une vraie vision de cinéaste. La rentrée propose un autre registre, plus resserré, plus ancré dans le contemporain. Des films qui s’attaquent à des personnages réels, à des événements récents, à des questions qui traversent notre époque. C’est une autre façon de faire du cinéma, complémentaire, et tout aussi attendue.

 

Digger 

Réal. Alejandro González Iñárritu  •  Avec Tom Cruise, Sandra Hüller, John Goodman, Jesse Plemons, Riz Ahmed  •  Sortie le 30 septembre 2026

Voilà une collaboration qu’on n’aurait pas forcément prédite. Tom Cruise, acteur-producteur dont la carrière tourne depuis trente ans autour de l’action et des cascades, et Alejandro González Iñárritu, cinéaste mexicain oscarisé pour Birdman et The Revenant, connu pour des films denses, formellement exigeants, loin des blockbusters. Et pourtant.

Les premières images montrent un Tom Cruise méconnaissable, prise de poids assumée, crâne rasé, vieilli, chérissant un chat aussi délabré que lui dans un décor de palace ultra luxueux. Pour quelqu’un qui a passé quarante ans à incarner l’athlète invincible, c’est une rupture physique et d’image qui dit déjà beaucoup sur ce que le film va demander à son acteur.

Digger, c’est une comédie noire satirique, tournée en pellicule 35mm au format VistaVision, dans laquelle Tom Cruise incarne Digger Rockwell, l’homme le plus puissant du monde, un magnat convaincu d’être le sauveur de l’humanité, qui a lui-même déclenché la catastrophe qu’il prétend réparer. Il se lance alors dans une mission frénétique pour prouver qu’il peut effacer ce qu’il a causé. John Goodman joue le président des États-Unis. Le tout est décrit par la production comme une comédie de proportions catastrophiques.

Ce qui rend le projet fascinant, c’est précisément l’écart entre les deux univers qu’il réunit. Iñárritu avait commencé à discuter du projet avec Cruise en 2019, pendant le tournage de Top Gun Maverick. Six ans plus tard, le film existe, tourné en six mois au Royaume-Uni avec un budget de 125 millions de dollars. Le scénario a été co-écrit avec Nicolas Giacobone et Alexander Dinelaris, déjà à l’œuvre sur Birdman.

On ne sait pas encore si le film est bon. Aucune projection presse n’avait eu lieu au moment de la rédaction de cet article. Mais le seul fait qu’Iñárritu ait réussi à convaincre Cruise de jouer un homme écrasé par sa propre démesure dans une satire noire est déjà une information cinématographique en soi.

 

The Social Reckoning 

Réal. et scén. Aaron Sorkin  •  Avec Jeremy Strong, Mikey Madison, Jeremy Allen White, Bill Burr  •  Sortie le 7 octobre 2026 en France

Seize ans après The Social Network de David Fincher, Aaron Sorkin revient à l’univers Facebook. Pas comme suite, mais comme prolongement. The Social Network racontait les origines, les trahisons fondatrices, l’ambition d’un jeune homme de 19 ans. The Social Reckoning raconte ce qui s’est passé ensuite, quand la plateforme est devenue trop grande pour être contrôlée et quand certains à l’intérieur ont décidé de parler.

Le film s’appuie sur les révélations de Frances Haugen, ingénieure chez Facebook devenue lanceuse d’alerte en 2021, dont les documents internes avaient alimenté la série d’enquêtes du Wall Street Journal connue sous le nom de Facebook Files. Mikey Madison joue Haugen. Jeremy Allen White joue le journaliste Jeff Horwitz. Et Jeremy Strong incarne Mark Zuckerberg, succédant à Jesse Eisenberg qui a décliné de reprendre le rôle, déclarant avoir développé une vision trop négative de Zuckerberg pour vouloir rester associé à lui par ce personnage.

Strong a la réputation de préparations extrêmes, et les premières images montrent une ressemblance et une précision de jeu qui ont marqué les esprits à CinemaCon en avril. Le film est décrit comme un thriller, pas un drame, ce qui distingue son registre du film de Fincher. Alexandre Desplat signe la bande originale. Jeff Cronenweth, directeur de la photographie de The Social Network, reprend son poste.

C’est probablement le film de la rentrée sur lequel les attentes sont les plus élevées. Et les plus légitimes.

 

Le dernier souffle 

Réal. László Nemes  •  Avec Gilles Lellouche  •  Sortie à l’automne 2026

László Nemes est le réalisateur hongrois du Fils de Saul, Palme d’or à Cannes en 2015, l’un des films de guerre les plus éprouvants et les plus admirés de la décennie. Son nouveau film s’intéresse aux derniers jours de Jean Moulin, figure centrale de la Résistance française, interprété par Gilles Lellouche. Le film était en lice pour la Palme d’or à Cannes 2026.

C’est un sujet qui a déjà été approché au cinéma, mais jamais par un réalisateur de cette envergure formelle. Nemes construit ses films autour d’une tension visuelle et sonore très particulière, une caméra qui colle à ses personnages sans jamais les lâcher, qui refuse le recul et l’explication. Voir ce dispositif appliqué à Jean Moulin et aux derniers mois de la Résistance a tout pour être une expérience de cinéma à part.

Gilles Lellouche n’est pas le premier nom qu’on imaginerait pour ce rôle. C’est précisément ce qui rend le choix intéressant. Il a prouvé depuis Le Grand Bain et Kompromat qu’il pouvait habiter des personnages très différents avec une intensité réelle. Rendez-vous en salle pour vérifier.

 

Kraken

Réal. Mohamed Chabane et Théo Jourdain Rhodes  •  Film d’horreur français  •  Sortie en septembre 2026

Kraken est le premier long métrage de Mohamed Chabane et Théo Jourdain Rhodes, duo remarqué à la réalisation de la série ReuSSS sur France TV Slash et de plusieurs épisodes de Young Millionaires sur Netflix. Le film sort le 30 septembre 2026, même jour que Digger. Le synopsis est simple et efficace : dans une cité, une tour abandonnée nourrit les rumeurs. Quand des disparitions étranges se multiplient, cinq jeunes décident d’y retourner. Ils se retrouvent rapidement piégés dans un endroit dont ils comprennent qu’il sera presque impossible de s’échapper.

Le scénario est signé Romain Protat, qui avait déjà co-écrit Adoration et Calvaire. Au casting, Alassane Diong, Manon Bresch et Guillaume Gouix côtoient les rappeurs Gazo et La Mano 1.9, un mélange qui signale clairement l’ambition d’atteindre un public plus large que le cercle habituel des amateurs de genre. Le film a été préacheté à la fois par Disney+ et Netflix, ce qui dit quelque chose sur la confiance des plateformes dans le projet. La comparaison avec Vermines, film d’horreur français de 2023 qui avait surpris tout le monde, circule déjà. C’est soit la meilleure chose qu’on puisse dire de Kraken, soit une attente difficile à satisfaire.

 

La Constellation du chien

Réal. Ridley Scott  •  Avec Jacob Elordi, Josh Brolin, Margaret Qualley, Guy Pearce  •  Sortie le 26 août 2026 en France

Ridley Scott revient à la science-fiction, le genre qui l’a rendu célèbre avec Alien et Blade Runner, avec une adaptation du roman post-apocalyptique de l’Américain Peter Heller. Le film suit Hig, un ancien pilote incarné par Jacob Elordi, qui vit reclus dans une base aérienne abandonnée du Colorado avec son chien et Bangley, un militaire survivaliste taiseux joué par Josh Brolin. Ensemble, ils ont construit un fragile équilibre dans un monde dévasté par une pandémie. Jusqu’au jour où une mystérieuse transmission radio pousse Hig à quitter la sécurité de son refuge pour partir vers l’inconnu, animé par l’espoir qu’une vie meilleure existe quelque part.

Le roman de Peter Heller, publié en 2012, est un livre sur la solitude, le deuil et la capacité à croire encore en quelque chose quand tout s’est effondré. C’est un matériau plus intime que spectaculaire, et c’est précisément ce qui rend le projet intéressant entre les mains de Scott, réalisateur qu’on associe davantage aux grandes fresques visuelles. Le scénario est signé Mark L. Smith, qui avait co-écrit The Revenant. La photographie est assurée par Erik Messerschmidt, chef opérateur de Mank et de Fincher. Margaret Qualley joue Cima, une survivante rencontrée en chemin. Budget de 110 millions de dollars, tourné entièrement en Italie. C’est une sortie de fin d’été qui mérite qu’on s’y intéresse sérieusement.

 

Le Fantôme de l’Opéra

Réal. Alexandre Castagnetti  •  Avec Deva Cassel, Julien de Saint-Jean, Romain Duris, Guillaume Diop  •  Sortie le 28 octobre 2026

Après le succès des Trois Mousquetaires en 2023 et du Comte de Monte-Cristo en 2024, le cinéma français continue de puiser dans les grands classiques de la littérature nationale. C’est cette fois le roman de Gaston Leroux, publié en 1910, qui revient à l’écran dans une version modernisée et ancrée dans le Paris d’aujourd’hui.

Anastasia, dix-huit ans, fraîchement arrivée à Paris, intègre le prestigieux Opéra Garnier avec l’ambition de devenir danseuse de ballet. Elle répète Orphée, un opéra réputé maudit qui aurait été composé par le Fantôme de l’Opéra lui-même. Elle tombe amoureuse d’un mystérieux pianiste. Et à l’approche de la première, accidents inexpliqués et révélations troublantes font basculer son histoire vers une romance impossible, entre réalité et fantastique.

Deva Cassel, fille de Monica Bellucci et Vincent Cassel, joue Anastasia. C’est son retour au cinéma français après la série Le Guépard sur Netflix en 2025. Julien de Saint-Jean, révélé dans Le Comte de Monte-Cristo, incarne le Fantôme. Romain Duris joue le directeur artistique de l’Opéra. Et le danseur étoile Guillaume Diop est au casting, ce qui donne au film une crédibilité dans les séquences de danse que peu d’adaptations de ce type peuvent revendiquer. Le réalisateur Alexandre Castagnetti a déclaré s’être inspiré de la saga Twilight pour le traitement de la romance au cœur du récit. C’est un positionnement assumé, qui dit clairement à quel public ce film s’adresse. Budget de 20 millions d’euros, tourné à l’Opéra Garnier et à la Cité du cinéma à Saint-Denis. Attendu comme l’un des films français de la fin d’année.

 

Ce qu’on retient de cette rentrée

Ce que cette rentrée dit du cinéma en 2026, c’est que les films qui font parler sont ceux qui prennent des risques. Iñárritu qui détourne Tom Cruise de son terrain habituel. Sorkin qui revient sur un terrain qu’il connaît parfaitement mais avec un angle radicalement différent. Nemes qui s’attaque à l’histoire française avec ses outils formels très personnels. Aucun de ces films ne ressemble à un autre. C’est exactement ce qu’on attend d’une rentrée cinéma digne de ce nom.

On reviendra sur chacun de ces titres après leur sortie avec une critique complète.

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