Cinéma

Notre salut, le film d’Emmanuel Marre sur Vichy qui devance Verity et Digger au box-office

5/5 - (2 votes)

Sorti le 30 septembre 2026, Notre salut d’Emmanuel Marre a pris la tête des nouveautés dès son premier jour en France, devant Verity et Digger. Prix du scénario au dernier Festival de Cannes, ce drame historique porté par Swann Arlaud raconte l’arrivée à Vichy d’un homme qui a réellement existé, l’arrière-grand-père du réalisateur.

Notre salut a signé le meilleur démarrage des nouveautés du 30 septembre

Les chiffres publiés le 1er octobre par Boxoffice Pro et Geekslands sont nets. Le film a réuni 26 106 spectateurs le jour de sa sortie, et 62 377 en comptant les avant-premières. Verity, le thriller tiré du roman de Colleen Hoover avec Anne Hathaway et Dakota Johnson, suit avec 25 256 entrées pour sa première journée, environ 42 400 avec les avant-premières. Digger, le film d’Alejandro González Iñárritu avec Tom Cruise, arrive troisième avec environ 20 000 entrées et 27 500 en incluant les séances anticipées.

Le détail le plus parlant se lit dans la moyenne par séance. Selon Boxoffice Pro, Notre salut affiche 33 entrées par séance, soit à peu près le double de Verity (17) et plus de trois fois Digger (10). Le site précise aussi qu’il s’agit du plus gros lancement de l’histoire de son distributeur, Condor, devant Les Rayons et les Ombres sorti en mars. Le contexte n’était pourtant pas porteur, puisque le top 10 des nouveautés du jour dépasse à peine 100 000 entrées, en recul d’un tiers par rapport au mercredi précédent.

La bande-annonce officielle de Notre salut

Qui était Henri Marre, l’homme au cœur du film ?

Henri Marre a existé. C’était l’arrière-grand-père d’Emmanuel Marre. Dans l’entretien publié par le Festival de Cannes, le cinéaste explique que cet aïeul a servi l’administration de Vichy après la défaite de 1940 et qu’il écrivait des traités de théorie politique, dont le premier s’intitulait justement Notre salut. Le titre du film reprend donc celui d’un texte pétainiste rédigé par l’homme qu’il met en scène.

Le point de départ est une correspondance familiale. Selon le dossier de presse, une tante généalogiste a transmis au réalisateur, il y a plus de douze ans, les lettres échangées par Henri et son épouse Paulette entre 1937 et 1946. Emmanuel Marre affirme que les voix off entendues dans le film reprennent ces lettres presque mot pour mot, et qu’elles lui ont permis de traverser la guerre du côté de ceux que l’on désigne comme collaborateurs, dans leur quotidien le plus intime. Il a complété ce matériau par des recherches aux Archives nationales, où il dit avoir découvert entre autres une trentaine de pages de réclamations d’agents d’un service chargé des « questions juives » au sujet d’indemnités de repas et de remboursements de carburant.

Le synopsis officiel pose le cadre. En septembre 1940, alors que le régime de Pétain se met en place, Henri Marre, 49 ans, arrive à Vichy sans le sou, sans contact, loin de sa femme et de ses enfants. Il voit dans la nouvelle administration l’occasion de trouver enfin la place qu’il pense mériter.

Notre salut est-il une histoire vraie ou une fiction ?

Les deux, et le réalisateur tient à la nuance. « Le film n’est pas un biopic d’Henri Marre, mais une interprétation libre de la matière de sa correspondance », explique-t-il dans le dossier de presse. Il ajoute avoir créé un personnage qui garde le nom et le prénom de son arrière-grand-père mais qui devient un homme de fiction. Dans l’entretien cannois, il précise que le vrai nom d’Henri n’apparaît qu’une fois à l’écran, pour qu’il représente ensuite tous ces innombrables administrateurs qui faisaient tourner la machine du régime.

Le tournage s’est déroulé en partie sur les lieux réels des événements, dont un hôtel de Vichy qui abritait le ministère des Finances, toujours selon cet entretien. À la question de savoir si Notre salut est inspiré d’une histoire vraie, la réponse est donc oui pour la matière et les personnages, non pour le détail de chaque scène.

Une mise en scène qui refuse le film d’époque classique

Ce qui distingue Notre salut des drames historiques habituels tient à sa forme. Les acteurs ont travaillé en improvisation à l’intérieur d’un cadre, sans connaître entièrement leurs personnages, selon Emmanuel Marre. Slate relève une caméra à l’épaule, une lumière crue et une langue d’aujourd’hui, des choix qui cherchent une vérité au présent plutôt qu’une reconstitution figée. Numéro évoque de son côté des musiques anachroniques, dont des chansons pop des années 1980, et des scènes de bureau satiriques qui rappellent la série The Office.

Cette approche n’étonne pas chez un cinéaste venu d’un cinéma très proche du réel. Réalisateur franco-belge installé entre Bruxelles et Paris, Emmanuel Marre avait signé D’un château l’autre, récompensé à Locarno en 2017, puis Rien à foutre en 2021, coréalisé avec Julie Lecoustre, avec Adèle Exarchopoulos dans le rôle principal. Notre salut faisait partie de la compétition officielle de cette 79e édition, dont notre article consacré au Festival de Cannes 2026 présentait les enjeux.

Swann Arlaud porte un rôle volontairement ambigu

Swann Arlaud, César du meilleur acteur pour Petit Paysan, incarne Henri Marre face à Sandrine Blancke dans le rôle de Paulette. Dans Slate, il décrit un personnage dont les motivations restent énigmatiques, entre pétainiste fervent, opportuniste et homme qui agit par conviction. Il y établit aussi des parallèles avec notre époque, notamment autour du vocabulaire politique et de notions comme la « valeur travail » ou la « préférence nationale ». Le film, toujours selon Slate, fonctionne davantage comme une instruction que comme un jugement, et laisse au spectateur le soin d’interroger sa propre boussole morale.

Lors de la projection officielle à Cannes, rapporte Numéro, Emmanuel Marre a prononcé trois mots devant la salle, « Plus jamais ça ».

La critique et le public suivent-ils ?

Sur AlloCiné, au moment où j’écris ces lignes, la moyenne presse atteint 4,5 sur 5 sur 42 critiques, et la note spectateurs s’établit à 3,8 sur 5 sur 468 notes. Le site l’a présenté le 3 octobre comme le meilleur film de la semaine selon la presse. L’écart entre les deux notes n’a rien de surprenant pour un film de plus de deux heures et demie, exigeant dans sa forme comme dans son sujet. Le vrai test viendra avec le bilan de la première semaine complète, qui dira si le bouche-à-oreille confirme ce démarrage.

Ce que je retiens de ce démarrage

Je retiens surtout qu’un film français exigeant, sur une page d’histoire que le cinéma aborde rarement depuis l’intérieur de l’administration, a devancé deux productions américaines portées par des stars. Le choix d’Emmanuel Marre de regarder la collaboration depuis les bureaux, à travers un homme ordinaire et ses lettres, explique à mes yeux une bonne part de la curiosité qu’il suscite. J’avais présenté le film parmi les sorties cinéma du 30 septembre 2026, et c’est le titre de la semaine que je suivrai de plus près dans les prochains classements. Pour les nouveautés suivantes, rendez-vous sur notre page des sorties cinéma de la semaine.

Sources


Sylvain

Sylvain Latour

Sylvain aime le cinéma qui provoque une réaction, qu’il s’agisse d’un grand film populaire ou d’une œuvre plus discrète. Il s’attarde autant sur la mise en scène que sur le jeu des acteurs, sans perdre de vue une question simple : est-ce que le film mérite vraiment qu’on lui consacre deux heures ? Ses critiques vont droit au but, avec curiosité mais sans complaisance.

Une réflexion sur “Notre salut, le film d’Emmanuel Marre sur Vichy qui devance Verity et Digger au box-office”

Commentaires fermés.