Sorties cinéma du 21 octobre 2026
Le mercredi 21 octobre 2026 aligne quatorze films en salles, et rarement une semaine d’automne aura offert un tel grand écart. Le thriller sombre de Guillaume Canet croise un monstre de l’univers DC, une adaptation très attendue de Kazuo Ishiguro, deux films primés à Cannes et à Sundance, une comédie d’Eric Judor, un nouveau Guédiguian et un DreamWorks nourri de folklore philippin. Viennent ensuite des reprises patrimoniales, un documentaire et un premier film égyptien, que je regroupe plus bas.
Karma ramène Guillaume Canet vers le thriller le plus noir de sa carrière
Neuvième long métrage de Guillaume Canet derrière la caméra, Karma marque son retour au thriller après Astérix et Obélix : L’Empire du Milieu (2023). Dans un village du nord de l’Espagne, Jeanne (Marion Cotillard) tente de refaire sa vie auprès de Daniel (Leonardo Sbaraglia), qui ignore tout de son passé. Quand Mateo, son filleul de six ans, disparaît, la police la soupçonne et Jeanne fuit en France, vers la communauté religieuse où elle est née et qu’elle avait quittée, dirigée par Marc (Denis Ménochet). Luis Zahera complète la distribution. Coécrit avec Simon Jacquet, le scénario a été pensé pour offrir à Cotillard un rôle à sa mesure, et Canet a assisté incognito, selon AlloCiné, à un procès, perruque et chapeau sur la tête, afin de documenter le fonctionnement des sectes. Le tournage s’est déroulé de février à mai 2025 entre la Catalogne, l’Occitanie et la Corrèze. Présenté hors compétition à Cannes Première le 15 mai 2026, le film a reçu une ovation de six minutes selon Variety. Dans Deadline, Pete Hammond le juge incontournable et voit dans ce rôle l’un des plus intenses de Cotillard, tandis que Richard Lawson, pour The Hollywood Reporter, le trouve prenant de bout en bout malgré des failles de logique. Plus réservé, Anatole Demougin (Le Petit Septième) lui donne 5 sur 10 tout en saluant un Ménochet en gourou patriarcal démoniaque. Distribué par Pathé, interdit aux moins de 12 ans, le film dépasse les deux heures. C’est aussi la dernière collaboration du couple, séparé depuis juin 2025.
Clayface fait entrer l’univers DC dans l’horreur corporelle
Premier film d’horreur de l’univers cinématographique DC piloté par James Gunn et Peter Safran, Clayface suit Matt Hagen (Tom Rhys Harries), une star défigurée qui accepte un traitement expérimental. Son visage revient, mais sa perception du réel se dérègle et son corps devient argile. Le personnage, ennemi de Batman, est apparu en 1940 dans Detective Comics n°40. Aux commandes, James Watkins, spécialiste du genre depuis Eden Lake (2008) et La Dame en noir (2012), dont le remake de Speak No Evil (2024) a confirmé le savoir-faire. L’histoire vient de Mike Flanagan, qui a porté le projet auprès de DC dès 2021, et le scénario est cosigné avec Hossein Amini. Naomi Ackie joue la scientifique Caitlin Corr, entourée de Max Minghella, David Dencik et Eddie Marsan, avec Matt Reeves parmi les producteurs. Le tournage s’est tenu fin 2025 à Liverpool et aux studios Leavesden, pour un budget estimé à environ 40 millions de dollars. Les premières réactions relayées par Variety sont enthousiastes. Steven Weintraub, rédacteur en chef de Collider, parle d’un film fantastique au ton très adulte, le vidéaste Brandon Davis le trouve « freakishly awesome », et le site suédois MovieZine y voit un croisement de Joker et de The Substance, très gore. Ce qui le distingue, c’est le choix assumé de l’horreur corporelle pour un méchant de bande dessinée, avec un budget modeste à l’échelle des productions de super-héros. Le film sort deux jours plus tard aux États-Unis.
Klara et le soleil arrive précédé d’une réception critique glaciale
Adapté du roman de Kazuo Ishiguro paru en 2021, Klara et le soleil est le nouveau film de Taika Waititi, révélé au grand public par Jojo Rabbit (2019). Dans un futur où le génie génétique a divisé l’humanité en classes étanches, Klara, androïde de compagnie d’un modèle déjà dépassé, est achetée pour veiller sur Josie, une adolescente malade. Jenna Ortega prête ses traits à Klara, Mia Tharia joue Josie et Amy Adams sa mère Chrissie, avec Natasha Lyonne et Steve Buscemi dans des seconds rôles. Waititi a coécrit le scénario avec Dahvi Waller, Ishiguro étant producteur exécutif, et le film a été tourné en Nouvelle-Zélande en 2024 sous le titre de travail Tears and Rain, sur une musique de Michael Giacchino. Il dure 116 minutes. Sa première au BFI London Film Festival, le 15 octobre, a tourné au désaveu. Peter Bradshaw lui accorde une étoile sur cinq dans The Guardian, The Times et The Telegraph font de même selon le décompte de World of Reel, et Little White Lies lui en donne deux. Plus clément, James Mottram (South China Morning Post) lui attribue trois étoiles et décrit une fable de science-fiction ensoleillée traversée d’éclairs de noirceur. Le site Netflix Junkie relevait un score de 20 % sur Rotten Tomatoes au 17 octobre, le plus bas de la carrière du cinéaste. Reste la curiosité de voir comment un roman aussi intérieur, raconté par une machine, passe à l’écran sous la main d’un réalisateur connu pour sa fantaisie.
La Gradiva, Grand Prix de la Semaine de la Critique, emmène une classe à Pompéi
Premier long métrage de Marine Atlan, ancienne directrice de la photographie, La Gradiva a remporté en mai le Grand Prix de la 65e Semaine de la Critique à Cannes. Une classe de lycéens part en voyage scolaire à Naples et Pompéi, et le séjour se laisse gagner par le désir, la colère puis le deuil. Colas Quignard, Suzanne Gerin, Mitia Capellier et Antonia Buresi, qui joue l’enseignante, mènent la distribution. Coécrit avec Anne Brouillet, le film emprunte son titre au récit de Wilhelm Jensen, Gradiva, fantaisie pompéienne, où un archéologue s’éprend de la figure d’une femme sculptée. La cinéaste décrit Pompéi comme un territoire propice à la représentation de l’inconscient, selon le site Italy for Movies. Le tournage a duré six semaines au printemps 2025, au musée archéologique de Naples, à Pompéi, Portici et Torre del Greco, dans une coproduction franco-italienne des Films du Poisson et de Bibi Film. Le film est long, 146 minutes selon le festival de Nouvelle-Zélande. Dans TheWrap, Chase Hutchinson salue un premier film « magnifique, mélancolique et émouvant », et Ava Cahen, déléguée générale de la Semaine, parle d’une beauté à couper le souffle. Ce qui le distingue, c’est cette manière de filmer l’adolescence au pied du Vésuve comme une fouille archéologique de sentiments enfouis, et de faire du voyage scolaire un récit d’apprentissage qui glisse peu à peu vers la perte. C’est le premier film de la semaine que je mettrais en tête de liste pour qui cherche un regard neuf.
Une femme aujourd’hui confirme la fidélité de Robert Guédiguian à sa troupe
Vingt-cinquième long métrage de Robert Guédiguian, Une femme aujourd’hui suit Juliette (Marilou Aussilloux), trentenaire qui semble avoir tout réussi, poste à responsabilités dans la finance, belle maison, voyages et amants de passage, malgré une mère qui espère des petits-enfants. Lorsqu’un collègue l’agresse lors d’un événement d’entreprise, tout s’effondre, et Juliette cherche une autre manière de vivre, tournée vers les autres et vers ses racines. Autour d’elle, la famille de cinéma du réalisateur répond présent, Ariane Ascaride dans le rôle de la mère, Jean-Pierre Darroussin, Gérard Meylan, Grégoire Leprince-Ringuet et Lola Naymark. Le scénario est cosigné avec Serge Valletti, et le film, produit par Agat Films avec Bibi Film et Arte France Cinéma, dure 2 h 03. Il a été présenté en septembre aux Giornate degli Autori, section parallèle de la Mostra de Venise. Dans sa note d’intention, Guédiguian explique que les conflits d’origine, de religion, de genre et de couleur de peau sont revenus au premier plan, et compare le cinéma à une sorte de sismographe. Pour l’International Cinephile Society, Abby Laing voit une œuvre tardive satisfaisante, en deçà de Marius et Jeannette et de La Ville est tranquille, mais portée par une Aussilloux « radiant presence on-screen ». Elle regrette une musique trop appuyée et une intrigue secondaire maladroite autour d’un voisin âgé. La sortie coïncide avec la rétrospective que la Cinémathèque française consacre au cinéaste du 19 octobre au 9 novembre.
Wicker offre à Olivia Colman un mari tressé en osier
Deuxième long métrage du duo Eleanor Wilson et Alex Huston Fischer après la comédie de science-fiction Save Yourselves!, Wicker adapte la nouvelle The Wicker Husband d’Ursula Wills-Jones. Une pêcheuse solitaire demande au vannier du coin de lui tresser un mari. L’homme d’osier se révèle sensible et talentueux, au point de susciter la jalousie. Olivia Colman joue la pêcheuse, Alexander Skarsgård le mari végétal et Peter Dinklage l’artisan. Le film a été présenté en sélection officielle à Sundance en janvier 2026, où il a divisé. Kent M. Wilhelm, pour The Film Stage, le classe parmi ses coups de cœur et parle d’une curiosité audacieuse et captivante, à ne pas manquer, qui interroge les ravages de la jalousie. Chase Hutchinson, dans TheWrap, reconnaît l’originalité du concept mais trouve le résultat bien intentionné et un peu raide, et avoue être resté de marbre malgré son envie d’adhérer. Ce qui distingue Wicker, c’est son mélange de conte cruel, de comédie paillarde et de fantastique artisanal, porté par deux interprètes rarement vus dans ce registre. Metropolitan le distribue en France, et c’est la proposition la plus singulière de la semaine pour qui aime les fables qui grincent.
Marie Madeleine révèle la force du cinéma haïtien de Gessica Généus
Après Freda, sélectionné à Un Certain Regard en 2021, Gessica Généus revient avec Marie Madeleine, qu’elle écrit, coproduit et interprète. À Jacmel, sur la côte sud d’Haïti, Marie Madeleine vit de la prostitution et croise la route de Joseph (Béonard Monteau), un jeune évangéliste dont la foi vacille. Entre eux naît une relation où le désir et la quête de liberté ouvrent la possibilité de tout réinventer. Edouard Baptiste et Melissa Mildort complètent la distribution, l’image est signée Nicolas Canniccioni. Tourné en français et en créole haïtien, le film de 103 minutes réunit Haïti, la Belgique, le Luxembourg et le Canada autour de SaNoSi Productions, et Pyramide le distribue. Il a été présenté en première mondiale à Cannes Première le 14 mai 2026, avec une nomination à la Queer Palm, puis en section Centrepiece au festival de Toronto. Dans Libération, Sandra Onana écrit que le film « émerveille par la seule force de ce face-à-face » et qu’il fait croire à sa tragédie « très fort ». Ce qui le distingue, c’est ce mélange de tons, du mélodrame à la sensualité, et une héroïne dont la violence n’est jamais gommée. Le titre, qui convoque la figure biblique de la pécheresse, dit assez l’ambition du film de confronter la foi et le corps.
L’île des souvenirs plonge DreamWorks dans le folklore philippin
Réalisé et écrit par Joel Crawford, à qui l’on doit Le Chat Potté 2 : la dernière quête nommé aux Oscars, et par Januel P. Mercado, L’île des souvenirs (Forgotten Island) suit deux amies d’enfance, Jo et Raissa, qui franchissent un portail menant à Nakali, une île surnaturelle entrée dans la légende. Elles y rencontrent des créatures issues des contes philippins, tandis que leurs souvenirs commencent à s’effacer. En version originale, H.E.R. et Liza Soberano prêtent leur voix aux héroïnes, entourées de Dave Franco, Lea Salonga, Jenny Slate, Manny Jacinto, Ronny Chieng et Dolly de Leon. En version française, AlloCiné cite Manon Bresch et Anaïde Rozam. Le film dure 108 minutes et il est sorti aux États-Unis le 25 septembre chez Universal. L’accueil anglophone est chaleureux. Andrew J. Salazar, pour DiscussingFilm, lui donne quatre étoiles et demie et le range parmi les plus beaux films d’animation du studio, quand James Mottram, dans le South China Morning Post, lui accorde trois étoiles et demie pour sa plongée psychédélique dans le folklore. Ce qui le distingue, c’est la place donnée à une culture rarement représentée dans l’animation américaine à grand budget, et un thème, l’amitié qui résiste à l’oubli, qui parle aux enfants comme aux parents. AlloCiné le conseille à partir de 8 ans, et c’est la sortie familiale la plus ambitieuse de ces vacances de la Toussaint.
Le Roi du Game envoie Eric Judor dans un jeu de rôle grandeur nature
Près de dix ans après Problemos, Eric Judor repasse derrière la caméra avec Le Roi du Game, une comédie d’aventure dans laquelle il tient aussi le premier rôle. Alexandre, père prêt à tout pour renouer avec sa fille, s’infiltre dans une équipe de bras cassés engagée dans un jeu de rôle grandeur nature médiéval-fantastique, une quête qui pourrait aussi le ramener vers ses rêves oubliés. Alexandra Lamy, le Québécois Marc Labrèche, Hafid F. Benamar, Liona Bordonaro et le créateur de contenu Maxime Biaggi l’entourent. Selon le Journal du Geek, le projet remonte à 2012 et au scénariste Cédric Prévost, déjà associé à La Tour Montparnasse infernale, et il s’appelait d’abord Le Puy des Ouf. La bande-annonce assume ses références, du Seigneur des anneaux, avec la longue perruque blonde de Judor, à la série The Office, dans une galerie d’elfes peu solennels, de roi colérique, de sorcière inquiétante et de magicien blanc. Le film dure 1 h 28 et sort chez Gaumont. Ce qui le distingue, c’est son terrain, la communauté des adeptes de jeu de rôle grandeur nature, que le cinéma français a peu filmée, et le retour de Judor à la parodie, registre de Problemos et de la série Platane. C’est la comédie populaire de la semaine, idéale pour les vacances.
Les autres sorties du 21 octobre, entre reprises et découvertes
Au-delà des têtes d’affiche, la semaine compte cinq autres films, deux restaurations très attendues des cinéphiles, un programme d’animation de saison, un documentaire belge et un premier film égyptien.
Shaun le Mouton : La Bêêête d’Halloween
Les studios Aardman ramènent le mouton le plus malin du Royaume-Uni pour Halloween. Le Fermier saccage la citrouillerie du troupeau, Shaun se change en savant fou pour réparer les dégâts, puis le Fermier disparaît et une bête rôde dans les bois de Mossingham. Réalisé par Steve Cox et Matthew Walker sur un scénario de Mark Burton et Giles Pilbrow, ce film d’animation britannique produit par Richard Beek est sorti au Royaume-Uni le 18 septembre. AlloCiné le recommande dès 6 ans, une sortie familiale pour la Toussaint.
Peking Opera Blues
Réalisé par Tsui Hark en 1986, Peking Opera Blues (Do ma daan) se déroule en 1913, juste après la naissance de la République de Chine. La fille d’un seigneur de guerre, alliée secrète des révolutionnaires, croise dans un opéra de Pékin deux autres femmes, et toutes trois doivent récupérer un document capable de peser sur le nouveau régime. Brigitte Lin, Cherie Chung et Sally Yeh mènent ce mélange hongkongais d’action, de comédie et d’aventure politique de 1 h 45. Metropolitan le sort en version restaurée 4K et en version originale sous-titrée, après un passage au Festival Lumière dans un hommage à Tsui Hark.
Nadja
Film de vampires américain en noir et blanc signé Michael Almereyda, Nadja a été présenté au festival de Toronto en 1994. Elina Löwensohn y joue une jeune vampire qui erre dans New York après la mort de son père, Dracula, face à Peter Fonda, Martin Donovan, Galaxy Craze et Jared Harris. David Lynch, qui l’a entièrement financé après le retrait des autres investisseurs, en est producteur exécutif et y fait une courte apparition en employé de morgue. Le film revient en salles après une restauration 4K réalisée à partir de l’unique copie 35 mm existante.
Les Recommencements
Documentaire belge de 87 minutes réalisé par Isabelle Ingold et Vivianne Perelmuter, Les Recommencements accompagne un vétéran amérindien de la guerre du Vietnam qui quitte la côte nord de la Californie pour traverser les États-Unis jusqu’à Kansas City, à la recherche des compagnons d’armes qu’il n’a jamais revus. En suivant à rebours la route des pionniers, le voyage remonte à la fois l’histoire américaine et sa propre vie. Produit par Clin d’Oeil films avec le CBA et la RTBF, le film a circulé en 2025 de Visions du Réel au festival de La Rochelle.
Le Printemps vint en riant
Premier long métrage de l’Égyptienne Noha Adel, Le Printemps vint en riant (Dakhal Al Rabie Yadhak) est un drame en noir et blanc de 1 h 36, coproduit par l’Égypte et la France. Il enchaîne plusieurs récits courts au printemps, un brunch de remerciement troublé par une demande en mariage inattendue, un anniversaire qui dégénère, un salon de coiffure où disparaît une bague, un mariage gâché par une parole maladroite. Sally Abdou, Carol Ackad et Reem Akkad figurent à la distribution. Présenté au festival du Caire en 2024, il a séduit le critique Ahmed Ezzat Amer, qui écrit pour la FIPRESCI qu’il reste en mémoire longtemps après la projection.
Ce que je retiens de cette semaine du 21 octobre
Je retiens d’abord La Gradiva, premier film primé qui a tout pour devenir la révélation de l’automne, et Marie Madeleine, qui confirme une voix singulière venue d’Haïti. Karma sera le rendez-vous grand public de la semaine, et je suis curieux de voir si le public suivra Canet dans cette noirceur. Clayface et Klara et le soleil forment un duo de paris hollywoodiens aux fortunes critiques opposées, et les cinéphiles n’oublieront pas de faire un détour par Peking Opera Blues et Nadja. Pour retrouver toutes les semaines précédentes et les prochaines, rendez-vous sur notre page Sorties cinéma de la semaine.
Sources
- Sorties cinéma de la semaine du 21 octobre 2026 (AlloCiné)
- Une femme aujourd’hui, fiche officielle (Giornate degli Autori)
- La Gradiva Review (TheWrap)
- Karma (2026 film) (Wikipedia)
Sylvain
