Spectacle

Spectacles à voir cette semaine du 19 au 25 octobre 2026

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Cette semaine du lundi 19 au dimanche 25 octobre 2026, la scène française joue la carte des grands textes. À Paris, la Comédie-Française retrouve Ruy Blas salle Richelieu et achève sa série des Bonnes à l’Athénée, Catherine Frot s’enterre à nouveau dans le mamelon de Beckett et le Ballet de l’Opéra explore trois paysages chorégraphiques au Palais Garnier. En région, Lyon offre la dernière de l’opéra fantasque de Prokofiev mis en scène par Laurent Pelly et une École des femmes portée par François Morel, tandis qu’Ahmed Sylla traverse Toulouse, Bordeaux et Nantes avec son spectacle Origami. J’ai retenu huit rendez-vous dont les dates tombent bien dans cette fenêtre, en vérifiant pour chacun la salle et le calendrier.

Ruy Blas revient à la Comédie-Française sous le regard de Julie Duclos

C’est l’événement théâtral de la rentrée parisienne. La Comédie-Française présente salle Richelieu une nouvelle mise en scène de Ruy Blas, le drame de Victor Hugo entré à son répertoire en 1879 et que la maison n’avait plus monté depuis vingt-cinq ans, selon L’Agenda culturel. La série a débuté mi-octobre et se poursuit jusqu’au 27 janvier 2027, avec des représentations à 20 h 30 en soirée, dont le lundi 19 octobre, et des matinées à 14 h certains week-ends. On connaît l’intrigue, celle de Don Salluste, disgracié par la reine, qui se venge en poussant son valet Ruy Blas à prendre l’identité d’un grand d’Espagne. Le laquais amoureux de la souveraine accède au pouvoir et tente d’en finir avec la corruption, avant que le piège machiavélique ne se referme sur lui. Pour porter ce drame politique et sentimental, Julie Duclos dispose d’une distribution impressionnante où figurent Thierry Hancisse, Laurent Stocker, Serge Bagdassarian, Gilles David, Sylvia Bergé, Bakary Sangaré, Danièle Lebrun ou encore Yoann Gasiorowski. La metteuse en scène, formée au Conservatoire national et révélée par Nos serments, s’est imposée avec Pelléas et Mélisande et Kliniken à l’Odéon, puis Grand-peur et misère du IIIe Reich. Son théâtre, qui mêle volontiers les langages de la scène et du cinéma, devrait trouver dans la mécanique de Hugo un terrain idéal pour sonder ce que l’Offi appelle un drame mêlant corruption politique et destins brisés. Comptez 40 euros la place selon la billetterie relayée par l’Offi.

Dernière semaine pour Les Bonnes de Genet à l’Athénée

Il reste quelques soirs pour découvrir le spectacle qui a ouvert la saison 2026-2027 de la Comédie-Française hors de ses murs. À l’Athénée Théâtre Louis-Jouvet, là même où Louis Jouvet créa Les Bonnes en 1947 en présence de Jean Genet, la troupe joue la pièce du mardi 20 au samedi 24 octobre à 20 h 30 et le dimanche 25 octobre à 15 h, date de la dernière. La mise en scène est signée Carme Portaceli, directrice artistique du Théâtre national de Catalogne, qui entame selon le quotidien catalan Ara sa dernière saison à la tête de l’institution barcelonaise. Edith Proust joue Claire, Élissa Alloula Solange et Anna Cervinka la maîtresse. Inspirée de l’affaire Papin de 1933, la pièce suit deux sœurs domestiques qui rejouent chaque soir le meurtre de leur patronne en inversant les rôles, après avoir déjà fait arrêter Monsieur. Portaceli parle, selon Catalan News, de trois femmes enfermées qui jouent à des jeux dangereux, et elle salue le niveau exceptionnel des comédiennes du Français. Les tarifs, accessibles dès 8 euros selon L’Agenda culturel, font de cette dernière semaine une occasion à ne pas laisser filer.

Catherine Frot retrouve Winnie dans Oh les beaux jours

Au Théâtre des Bouffes Parisiens, Catherine Frot reprend le rôle de Winnie une quinzaine d’années après l’avoir joué une première fois, dans une mise en scène de Marc Paquien, son complice de la version précédente. Pierre Banderet lui donne la réplique dans le rôle du mutique Willie. Le décor est signé Richard Peduzzi, longtemps scénographe de Patrice Chéreau, avec des lumières de Dominique Bruguière et un son de Xavier Jacquot. On retrouve le célèbre monticule où Winnie est enterrée jusqu’à la taille puis jusqu’au cou, et d’où elle égrène souvenirs, rituels et illusions de bonheur face à un mari quasi silencieux. Selon L’Agenda culturel, la pièce se joue cette semaine le mercredi 21 octobre à 20 h, le samedi 24 à 21 h et le dimanche 25 à 15 h, et la série court jusqu’à la fin novembre selon l’Offi. Les avis de spectateurs publiés par l’Offi saluent unanimement le jeu de la comédienne et la beauté du décor. Ce qui rend ce rendez-vous précieux, c’est de voir une actrice populaire, rompue à la comédie, se mesurer de nouveau à l’humour noir de Beckett, où la gaieté forcée de Winnie devient une forme de résistance têtue à l’effacement.

Paysages intérieurs réunit Maillot, Forsythe et Barton au Palais Garnier

Pour la danse, le rendez-vous de la semaine est au Palais Garnier, où le Ballet de l’Opéra national de Paris présente un programme en trois pièces jusqu’au 7 novembre. Cette semaine, les représentations ont lieu le vendredi 23 octobre à 19 h 30, le samedi 24 à 14 h 30 et 20 h, et le dimanche 25 à 14 h 30. La soirée s’ouvre avec Vers un pays sage de Jean-Christophe Maillot, créé en 1995 sur une musique de John Adams en hommage au père du chorégraphe, le peintre Jean Maillot, et qui entre au répertoire de la compagnie. Suit Rearray de William Forsythe, un trio construit en thème et variations sur une musique de David Morrow, créé en 2011 et retravaillé pour le Ballet de l’Opéra en 2024. La soirée se clôt avec Busk d’Aszure Barton, pièce de 2009 en noir et blanc portée par des musiques tziganes et chorales, qui marque les débuts de la chorégraphe canadienne avec la troupe parisienne. L’ensemble dure 1 h 50 avec entracte, et les places vont de 12 à 175 euros selon l’Office du tourisme de Paris. À noter, les représentations du 17 octobre avaient été annulées en raison d’une grève nationale, mais celles de cette semaine sont bien affichées par l’Opéra. Ce triptyque a le mérite de montrer trois écritures très différentes, du néoclassicisme lyrique de Maillot à la déconstruction virtuose de Forsythe.

Frédérick Sigrist pose ses 39-45 sur la scène de L’Européen

Côté humour à Paris, une date unique attire l’attention. Le jeudi 22 octobre à 19 h 30, Frédérick Sigrist joue 39-45, l’âge de la déconstruction à L’Européen, dans le 17e arrondissement. Le titre joue sur la référence historique pour parler en réalité de l’âge de l’humoriste et du tournant personnel qu’il traverse, en mêlant anecdotes intimes et références à l’histoire, selon L’Agenda culturel. Nancéien installé à Paris depuis 2007, Sigrist s’est fait connaître par ses chroniques radio, aux côtés d’Anne Roumanoff sur Europe 1 puis de Nagui sur France Inter, et l’Offi décrit son humour comme politique, ancré dans l’actualité et particulièrement corrosif. Le spectacle a été rodé en 2025 au Funambule Montmartre et au Point Virgule avant d’arriver dans cette salle plus grande. Comptez environ 1 h 30 de spectacle, conseillé à partir de 12 ans, avec des places de 15 à 32 euros selon l’Offi. C’est le genre de soirée qui permet de voir un auteur de stand-up à maturité, plus introspectif qu’à ses débuts mais toujours aussi mordant.

Ahmed Sylla emmène Origami à Toulouse, Bordeaux et Nantes

Hors de Paris, l’humour a aussi sa grande tournée. Ahmed Sylla joue Origami le vendredi 23 octobre au Zénith Toulouse Métropole, le samedi 24 à l’Arkéa Arena de Bordeaux et le dimanche 25 à 18 h au Zénith de Nantes Métropole, à Saint-Herblain, avant une série à l’Olympia du 28 au 31 octobre. Pour le comédien nantais, ce dernier rendez-vous a valeur de retour aux sources. Sous-titré « l’art du pliage », le spectacle compare nos destins à des origamis façonnés par les choix, les joies, les échecs et les victoires, et Sylla s’y demande ce que serait devenue sa vie s’il n’avait jamais quitté sa ville natale. Interrogé en juin 2026 par L’Express de Maurice, il explique ne plus faire le même spectacle qu’à vingt ans, aborder la condition des femmes sans se poser en donneur de leçons et mêler rire, chant, danse et improvisation. La version diffusée sur M6 en 2025 avait séduit Le Monde, qui louait une présence presque magnétique sur scène et une mise en scène dépouillée, faite de lumières et de quelques photos de famille projetées. À Nantes, les places vont de 43 à 63 euros selon Unidivers.

Dernière chance pour L’Amour des trois oranges de Laurent Pelly à Lyon

À l’Opéra de Lyon, la nouvelle production de L’Amour des trois oranges de Prokofiev donne sa dernière représentation le mardi 20 octobre à 20 h, selon le calendrier publié par Bachtrack. Laurent Pelly signe la mise en scène et les costumes, dans des décors de Caroline Ginet, et Dmitry Matvienko dirige l’orchestre et les chœurs de la maison. Créé à Chicago en 1921 sur un livret du compositeur d’après Carlo Gozzi, l’opéra raconte l’histoire d’un prince accablé de mélancolie que la fée Fata Morgana maudit après qu’il a ri de sa chute, l’envoyant en quête de trois oranges. Ce conte satirique et bigarré, où l’orchestre devient presque un personnage, convient à merveille à l’univers de Pelly, maître de la comédie lyrique. La distribution réunit notamment Linard Vrielink en Prince, Piotr Micinski en Roi de Trèfle, Lucie Roche en Princesse Clarice, Robert Lewis en Truffaldino, Marc Mauillon en Pantalone et Gabrielle Philiponet en Fata Morgana. Coproduit avec l’Opéra royal du Danemark, l’Opéra-Comique et l’Opéra national du Rhin, le spectacle dure 2 h 20 avec entracte, se donne en français surtitré et reste ouvert dès 10 ans, avec des places de 10 à 125 euros.

François Morel joue Arnolphe dans L’École des femmes au Radiant-Bellevue

Toujours dans la métropole lyonnaise, le Radiant-Bellevue de Caluire-et-Cuire accueille le mardi 20 et le mercredi 21 octobre à 20 h 30 L’École des femmes de Molière mise en scène par Robin Renucci. François Morel y incarne Arnolphe, Juliette Cahon joue Agnès et François Deblock Horace. Selon le dossier de production publié par La Criée, Renucci lit la pièce comme une comédie de l’émancipation, où Agnès passe du statut d’objet des leçons d’Arnolphe à celui de femme qui revendique son propre désir. Le décor de Lisa Navarro figure une maison de bois bricolée sur un terrain vague, qu’Arnolphe ne cesse de renforcer jusqu’à ce qu’elle s’effondre sur lui. Lyon Capitale, qui rappelle le bel accueil reçu l’été dernier au château de Grignan, estime que Renucci dépoussière l’œuvre en conservant son mordant, avec une Agnès plus jeune qui apprend à penser par elle-même et une fin modifiée que le journal se garde de dévoiler. Le metteur en scène, directeur de La Criée à Marseille, prolonge ainsi son travail de théâtre populaire exigeant. Places à partir de 48 euros, et une date supplémentaire suit le 23 octobre à Bourgoin-Jallieu.

Que retenir de cette semaine ?

Si je ne devais choisir qu’un spectacle, je retiens Ruy Blas, parce qu’il est rare de voir la Comédie-Française rendre à Hugo sa salle Richelieu avec une distribution de cette ampleur. Je garderais aussi une soirée pour Les Bonnes, qui s’arrêtent dimanche, et une autre pour Paysages intérieurs si la danse vous attire. Les Lyonnais ont de quoi faire avec l’humour féroce de Molière servi par François Morel et la dernière fantaisie de Prokofiev, et ceux qui veulent simplement rire choisiront entre Frédérick Sigrist à Paris et Ahmed Sylla sur la route de Nantes.

Retrouvez chaque semaine notre sélection mise à jour dans la rubrique Spectacles à voir cette semaine.

Sources

Sophie

Sophie Ben’s

Sophie aime les soirées qui commencent par « on va voir ce que ça donne » et se terminent par un verre à refaire le spectacle pendant une heure. Théâtre, humour, stand-up, comédie musicale ou scène plus inattendue : elle cherche surtout ce petit moment où la salle bascule et où quelque chose se passe vraiment. Sur Note Critique, elle raconte les spectacles comme elle les vit : avec curiosité, enthousiasme et un sens assez affûté de ce qui fonctionne… ou pas.