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Sorties livres de la semaine du 19 au 25 octobre 2026

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La semaine du 19 au 25 octobre 2026 ressemble à un pont jeté entre deux publics. D’un côté, l’événement populaire de l’automne avec le retour de Gaston Lagaffe, tiré à un million d’exemplaires. De l’autre, un grand roman anglais attendu de pied ferme, une fresque historique venue du Canada, un roman graphique très personnel et une novella d’horreur qui confirme qu’octobre reste le mois des frissons. Le tout se déroule pendant que les jurys littéraires resserrent leurs listes avant les proclamations de novembre.

Côté prix, le calendrier publié par La Lettre du libraire place la troisième sélection du Femina au vendredi 23 octobre, seule étape majeure de la semaine. Le Goncourt, qui a dévoilé le 6 octobre une deuxième sélection de huit romans (dont La Guerre éternelle d’Olivier Rolin, L’inconnue du Quai de Javel de Philippe Jaenada et De l’autre côté du lac de Sylvain Prudhomme), annoncera ses quatre finalistes le 27 octobre selon Livres Hebdo, avant la remise du prix chez Drouant le 3 novembre. Le Renaudot suivra le 28 octobre avec sa troisième liste, et le Grand Prix du roman de l’Académie française sera décerné le 29 octobre.

Des Boum et des Paf, Gaston Lagaffe revient avec Delaf et Lewis Trondheim

C’est l’album que tout le monde attend en librairie ce mercredi 21 octobre. Des Boum et des Paf, vingt-troisième tome de Gaston publié chez Dupuis, réunit au dessin le Québécois Delaf, déjà aux commandes du Retour de Lagaffe en 2023, et au scénario Lewis Trondheim, l’un des auteurs les plus prolifiques de la bande dessinée française. Selon Infomatin, Trondheim dit avoir imaginé 75 gags, parmi lesquels les deux auteurs ont fait leur tri pour composer l’album de 48 pages. Le tirage initial d’un million d’exemplaires dit l’ambition commerciale de l’éditeur. Le contexte reste sensible. Comme le rappelle ActuaLitté, Isabelle Franquin, fille du créateur et ayant droit, s’était opposée dès 2022 à la reprise du personnage, estimant que son père ne souhaitait pas voir Gaston dessiné par un autre. Un arbitrage a finalement donné raison à Dupuis en 2023, en laissant à l’héritière un droit de regard éthique et artistique sur les projets. Né en 1957 dans les pages de Spirou, le gaffeur le plus célèbre de la bande dessinée franco-belge retrouve donc Prunelle, Mademoiselle Jeanne et l’éternel contrat raté de M. De Mesmaeker. Ce qui distingue cet album du précédent, c’est l’arrivée d’un scénariste à part entière aux côtés de Delaf, un pari qui devrait apporter un regard neuf sans trahir l’esprit de Franquin, ce que l’éditeur revendique explicitement.

Ce que nous pouvons savoir, Ian McEwan imagine un chercheur du XXIIe siècle en quête d’un poème perdu

Le romancier britannique de Expiation, de Samedi et plus récemment de Leçons revient chez Gallimard le jeudi 22 octobre, dans la collection Du monde entier, avec Ce que nous pouvons savoir, traduit par France Camus-Pichon. Paru en 2025 en anglais sous le titre What We Can Know, ce roman de 500 pages se déroule au XXIIe siècle, dans un monde abîmé par les catastrophes climatiques et des guerres nucléaires. Tom Metcalfe, universitaire spécialiste de la littérature anglaise du début du XXIe siècle, cherche le texte intégral de « Couronne pour Vivien », un cycle de quinze sonnets que le poète Francis Blundy aurait lu en octobre 2014 lors d’un dîner d’anniversaire donné pour sa femme. Pour le retrouver, il plonge dans les douze volumes du journal de Vivien et dans des dizaines d’heures d’enregistrements, au risque d’y perdre son couple et sa raison. Dans son avant-critique pour Livres Hebdo, Cédric Fabre salue une « habileté stupéfiante » et un roman « véritablement habité », situé « bien loin de tous les clichés de la science-fiction contemporaine ». Il y voit à la fois un roman d’amour obsessionnel et une réflexion sur l’avenir de la littérature. Avec un premier tirage de 25 000 exemplaires annoncé par la revue professionnelle, Gallimard place clairement ce titre parmi ses grandes cartes de l’automne.

De l’encre dans la nuit, Guy Gavriel Kay réinvente François Villon en enquêteur

L’Atalante publie le jeudi 22 octobre, dans sa collection La Dentelle du Cygne, la traduction par Mikael Cabon de Written on the Dark, paru au Canada en mai 2025. Guy Gavriel Kay y prolonge l’univers déjà arpenté dans Les Lions d’Al-Rassan ou La Mosaïque de Sarance, un monde inspiré de l’histoire européenne et méditerranéenne où trois grandes religions font écho au christianisme, au judaïsme et à l’islam. Cette fois, le décor emprunte à la France du XVe siècle et à la guerre de Cent Ans. Thierry Villar, poète de taverne aux vers paillards, connaît par cœur les bas-fonds d’Orane mais rien de la cour. Une nuit d’hiver, il se retrouve contraint d’enquêter sur l’assassinat d’un prince, puis happé par une lutte pour le trône qui se joue sur fond d’invasion étrangère. L’éditeur souligne que le roman fait se croiser des figures historiques qui n’auraient jamais pu se rencontrer, inspirées de François Villon, de Jeanne d’Arc ou de Christine de Pizan. Dans The Globe and Mail, David Moscrop parlait à sa sortie d’un livre dont « l’accessibilité et la densité » ne s’opposent jamais, et le roman a été nommé au prix Aurora 2026. Plus court que la plupart des fresques de l’auteur, ce volume de 368 pages est une porte d’entrée idéale pour qui n’a jamais lu Kay.

L’Émerveilleuse, Margaux Motin raconte l’anxiété et la sensibilité retrouvée

Révélée par son blog puis par J’aurais adoré être ethnologue et La Théorie de la contorsion, Margaux Motin publie le mercredi 21 octobre chez Casterman, dans la collection Romans graphiques, L’Émerveilleuse, un épais récit de 256 pages. L’autrice avait déjà rejoint l’éditeur avec le diptyque Le Printemps suivant, où elle poursuivait le fil autobiographique qui fait sa singularité. Le nouveau livre suit une petite fille très sensible, élevée à la campagne, qui apprend à cacher ses émotions pour s’adapter à la vie parisienne. Devenue adulte, entre carrière, amour et maternité, elle est rattrapée par l’anxiété. Un départ pour le Pays basque lui permet de renouer avec sa capacité d’émerveillement et d’accepter cette sensibilité qu’elle avait appris à taire. Le sujet de l’hypersensibilité et de la charge mentale rejoint des préoccupations très présentes en librairie, mais c’est le trait vif et l’autodérision de Motin qui distinguent ce projet d’un simple témoignage. Le passage de l’autofiction drôle à un récit d’apaisement, plus ample et plus intime, fait de ce livre l’un des romans graphiques à surveiller de la fin d’année.

Ce qui dévore la nuit, T. Kingfisher poursuit sa trilogie d’horreur Sworn Soldier

Un mois à peine après Ce qui réveille les morts, paru le 25 septembre, le label Verso des éditions du Seuil publie le vendredi 23 octobre le deuxième tome de la trilogie Sworn Soldier de T. Kingfisher, toujours traduit par Robin Bouder. Autrice plusieurs fois récompensée par les prix Hugo, Nebula et Locus, Kingfisher retrouve Alex Easton, ancien soldat qui n’aspire qu’au calme après les événements survenus au domaine des Usher, nom qui parle forcément aux lecteurs d’Edgar Allan Poe. Easton prend possession du pavillon de chasse familial dans les forêts froides et humides de Gallacie et y découvre le garde-chasse mort. Les villageois parlent d’un moroï, créature qui vole le souffle de ses victimes. Avec ses 192 pages, ce court roman mise sur l’atmosphère plutôt que sur l’épaisseur, une économie de moyens qui fait la réputation de l’autrice. Le rythme de publication rapproché choisi par Verso, label grand public du Seuil consacré au romanesque, permet aux lecteurs du premier tome d’enchaîner sans attendre, idéalement à l’approche d’Halloween.

Brume, la petite sorcière de Pélissier et Hinder part pour la Cité d’Ys

Côté jeunesse, Glénat publie le mercredi 21 octobre La Cité d’Ys, cinquième tome de Brume, la série de Jérôme Pélissier et Carine Hinder. Le premier tome, Le Réveil du dragon, avait été retenu dans la sélection jeunesse du Festival d’Angoulême 2024, et L’Éclaireur Fnac y saluait alors un mélange d’humour, d’aventure et de merveilleux puisé dans le folklore breton. Brume, fillette persuadée d’être une puissante sorcière, avait été trouvée bébé dans le brouillard avec un grimoire à ses côtés. Dans ce nouvel album de 80 pages, une barrière magique cède et Naïa doit retrouver une cité engloutie pour sauver le village et Hubert. La quête sous-marine renvoie directement à la légende bretonne de la ville d’Ys, ce qui donne à la série l’occasion de pousser plus loin son ancrage régional. Pour les jeunes lecteurs qui suivent la série depuis ses débuts, c’est la lecture toute trouvée de cette fin octobre, et une bonne occasion pour les retardataires de rattraper les quatre premiers tomes.

Les autres parutions de la semaine, en complément

Bragelonne concentre plusieurs sorties le mercredi 21 octobre. On y trouve Troie, l’intégrale, qui réunit la trilogie de David et Stella Gemmell consacrée à la guerre de Troie, ainsi qu’une édition reliée du Temps du mépris, l’un des volets de la saga du sorceleur d’Andrzej Sapkowski. L’éditeur propose aussi une nouvelle édition de Dracula de Bram Stoker et deux beaux livres pour les amateurs de fantasy, l’Atlas de la Roue du Temps de Jean Claude Mallé et Stéphane Arson et Promenades au pays des Hobbits de Mathilde Marlot et Jean-Rodolphe Turlin.

Chez J’ai Lu, le 21 octobre marque l’arrivée de The Will of the Many de James Islington, premier tome d’une saga de fantasy très remarquée dans le monde anglophone. Le même jour, le Livre de Poche réunit en coffret le cycle Fils-des-Brumes de Brandon Sanderson, une porte d’entrée commode dans l’œuvre foisonnante de l’auteur américain.

Pour les lecteurs de romance, Chatterley publie le jeudi 22 octobre In Her Own League, sixième tome de la série Windy City de Liz Tomforde. L’histoire met en scène la première femme à diriger une franchise de baseball professionnel face à un ancien joueur qui conteste son autorité, une rivalité qui tourne à l’attirance, comme le résume L’Éclaireur Fnac.

Enfin, ActuSF publie le 22 octobre Frank Herbert. Le magicien de Dune de Nicolas Allard, consacré à l’auteur de Dune, une semaine après Frank Herbert. Dans les sables de Dune, paru chez le même éditeur le 15 octobre. En manga, le tome 33 de Blue Exorcist est annoncé pour le 21 octobre.

Je retiens une semaine où le patrimoine de la bande dessinée et la grande littérature anglophone se partagent les tables des libraires. Gaston fera les chiffres, c’est certain, mais si je ne devais emporter qu’un livre, ce serait Ce que nous pouvons savoir, parce que McEwan y pose avec une rare acuité la question de ce qui survit de nous à travers les textes. Je garde aussi De l’encre dans la nuit pour les longues soirées de novembre. Retrouvez toutes nos sélections précédentes dans les Sorties livres de la semaine.

Sources

Sylvie

Sylvie Bell’s

Sylvie ne lit pas vraiment des romans : elle les dévore !! Deux livres dans une journée ne lui font pas peur, surtout lorsqu’un auteur l’accroche assez pour qu’elle parte aussitôt explorer toute sa bibliographie. Curieuse, généreuse et toujours prête à défendre son dernier coup de cœur, elle adore faire circuler les romans autour d’elle, à une condition non négociable : personne n’y touche avant qu’elle ait terminé. Et si elle préfère largement le bruit des pages au clic d’une liseuse, elle admet qu’entre lire sur un écran et ne pas lire du tout, le choix est vite fait.