Supergirl : le DCU peut-il nous surprendre une deuxième fois ?

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Après un Superman qui a bien fonctionné, le nouveau DC Universe envoie Kara Zor-El dans l’espace pour un film de science-fiction intergalactique. Un pari risqué, avec un angle inhabituel pour le personnage. Sortie le 1er juillet en France.

Supergirl sort le 1er juillet en France. C’est le deuxième film du DCU, le DC Universe, le nouvel univers cinématographique des personnages DC Comics (Superman, Batman, Wonder Woman…) entièrement relancé depuis 2023 par James Gunn, qui en est le directeur artistique et producteur. Le film lui-même est réalisé par Craig Gillespie. Après Superman sorti en 2025, qui avait dépassé les 600 millions de dollars au box-office mondial, l’enjeu est clair : confirmer que ce nouvel univers est capable de proposer des films différents les uns des autres, et pas simplement de reproduire une formule qui a fonctionné une fois.

Ce film n’est pas celui qu’on attendait

Quand on entend Supergirl, on pense en général à quelque chose de lumineux, d’optimiste, de clairement dans la lignée de son cousin Superman. Le film de Craig Gillespie ne ressemble pas à ça. L’adaptation s’appuie sur la mini-série de comics Supergirl : Woman of Tomorrow de Tom King, publiée en 2021-2022, qui présente une version de Kara Zor-El nettement plus sombre que celle à laquelle le grand public est habitué.

Dans cette histoire, Kara n’est pas une héroïne au sens classique du terme. Elle se souvient de Krypton, contrairement à Clark Kent qui n’en a aucune mémoire. Elle porte le poids d’une planète détruite, et la raison principale pour laquelle elle avait survécu, protéger son jeune cousin, lui a été retirée quand sa capsule est arrivée sur Terre bien trop tard. C’est une femme meurtrie, qui boit, qui voit la vérité là où Superman préfère voir le meilleur des gens. Ce n’est pas un personnage simple, et c’est précisément ce qui rend le projet intéressant.

La prémisse du film suit Kara qui, lors de son 21e anniversaire, rencontre dans la galaxie une jeune femme nommée Ruthye, dont le père a été tué par un pirate de l’espace nommé Krem. Les deux partent ensemble dans un voyage intergalactique pour le retrouver. James Gunn compare lui-même l’ambiance à celle des Gardiens de la Galaxie, ce qui donne une idée du registre visé : de la science-fiction spatiale, avec de l’humour, de l’action, et des personnages qui viennent de loin émotionnellement.

Le casting de Supergirl

Milly Alcock joue Kara. Elle avait déjà été aperçue dans Superman l’an dernier, le temps d’une apparition mémorable. Issue de House of the Dragon, où elle incarnait la jeune Rhaenyra Targaryen, elle a convaincu James Gunn dès qu’il l’a vue dans la série HBO. Son profil correspond à cette version de Supergirl, quelque chose de rugueux, de brut, loin de la douceur conventionnelle du personnage.

Eve Ridley, vue dans The Witcher et Le Problème à 3 corps, joue Ruthye, la compagne de route de Kara. C’est techniquement le personnage principal du comics original, celui dont on suit le point de vue narratif. Le film semble redistribuer les rôles pour mettre Supergirl au centre, ce qui est compréhensible d’un point de vue commercial, mais on espère que Ruthye n’est pas sacrifiée pour autant.

Matthias Schoenaerts incarne l’antagoniste Krem, le pirate de l’espace. L’acteur belge, connu pour De rouille et d’os et Le Régime, n’est pas le premier nom qui vient à l’esprit pour ce type de rôle. C’est justement ce qui est potentiellement intéressant.

Jason Momoa apparaît dans le rôle de Lobo, le chasseur de primes intergalactique ultra-violent du DCU. L’acteur quitte définitivement Aquaman pour ce personnage, qu’il réclamait depuis des années. Lobo n’apparaît pas dans le comics original, mais son ajout au film s’inscrit dans la logique d’un univers partagé qui cherche à placer ses pièces.

Ce qui nous rend optimistes

Craig Gillespie n’est pas un réalisateur de superhéros. C’est le cinéaste de I, Tonya, un film biographique nerveux et inventif dans sa forme, et de Cruella pour Disney, qui avait su donner une identité visuelle assez distincte à un projet qui aurait pu être générique. Sa capacité à travailler des personnages féminins complexes, et à trouver un style dans des commandes qui ne s’y prêtaient pas forcément, est un bon signe pour Supergirl.

Le comics de Tom King est un matériau solide. C’est une histoire de vengeance, de deuil, et de ce qu’on fait de sa douleur quand on est pratiquement invincible physiquement mais très vulnérable intérieurement. Si le film garde l’essentiel de ça, il aura quelque chose à dire au-delà du spectacle.

Enfin, le premier Superman du DCU avait plutôt bien fonctionné en trouvant un équilibre entre film de super-héros classique et vraie personnalité. Supergirl semble vouloir aller dans une direction radicalement différente sur le ton et le registre. Si Gunn et son équipe assument vraiment ce choix jusqu’au bout, le résultat pourrait être l’une des sorties comics les plus originales de l’été.

Ce qui nous rend prudents

Le film dure moins de deux heures, selon les déclarations de Peter Safran. Le comics de Tom King est dense, avec une narration qui prend son temps pour construire la relation entre Kara et Ruthye. Condenser ça en moins de deux heures tout en intégrant les exigences d’un univers partagé, avec Superman, Lobo, et les connexions au reste du DCU, est un exercice difficile. On espère que le scénario d’Ana Nogueira a su faire les bons choix, et pas uniquement les choix dictés par le calendrier de sortie.

La bande originale a changé trois fois de compositeur pendant la production, ce qui n’est pas nécessairement un mauvais signe en soi, mais qui indique une certaine instabilité créative en post-production. C’est un détail, mais sur un film dont l’ambiance est supposée être très marquée, la musique compte.

Ce qu’on attend vraiment

On attend de voir si le DCU est capable de produire deux films consécutifs qui ne se ressemblent pas. Superman était un film de super-héros ancré sur Terre, optimiste, avec une esthétique de bande dessinée assumée. Supergirl est censé être un road movie intergalactique avec une héroïne traumatisée et un chasseur de primes provocateur. Si le film tient cette promesse de bout en bout, c’est une bonne nouvelle pour la suite du DCU, qui a besoin de montrer qu’il peut accueillir des registres différents sans tout uniformiser.

Rendez-vous le 1er juillet dans les salles françaises. On en reparle après.

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