Les Misérables, Fred Cavayé lance Vincent Lindon et Tahar Rahim dans une traque hugolienne
Il fallait une certaine audace pour remettre Les Misérables sur le métier en 2026. Fred Cavayé l’a fait, avec un film de près de trois heures, un budget annoncé au-dessus de 30 millions d’euros et une affiche réunissant Vincent Lindon, Tahar Rahim, Camille Cottin, Benjamin Lavernhe et Noémie Merlant. Distribué par StudioCanal, le film arrive en salles le mercredi 14 octobre 2026, après une première mondiale en compétition au Festival de Saint-Sébastien. C’est sans conteste la grosse sortie française de la semaine, et sans doute l’une des plus attendues de l’automne.
Le parti pris est affiché dès les premières images. Cavayé ne cherche pas à embrasser toute la cathédrale hugolienne, il la traverse au pas de course, en privilégiant la traque entre Jean Valjean et Javert. Une lecture de thriller assumée, qui divise déjà la critique.
Un roman monument et une longue lignée d’adaptations
Publié en 1862, le roman de Victor Hugo a été porté à l’écran à de très nombreuses reprises, au point que chaque génération semble avoir son Valjean. Tahar Rahim le rappelait lui-même dans un entretien accordé à la presse américaine, en évoquant une tradition française qui voudrait que l’on refasse l’histoire environ tous les quarante ans, et en citant sa version de prédilection, celle de Raymond Bernard en 1934. Entre la comédie musicale de Tom Hooper en 2012 et le film de Ladj Ly en 2019, qui reprenait le titre pour parler de Montfermeil aujourd’hui, le nom a beaucoup circulé ces dernières années.
Le récit reste celui que l’on connaît. Libéré après dix-neuf ans de bagne pour le vol d’un pain, Jean Valjean refait sa vie sous une fausse identité et devient un notable respecté. Il vient en aide à Fantine, ouvrière mourante, et promet de protéger sa fille Cosette des Thénardier. L’inspecteur Javert, lui, n’a jamais renoncé à le renvoyer au bagne, jusqu’aux barricades d’un Paris en révolte.
Fred Cavayé, un artisan du suspense face à Victor Hugo
Le choix du réalisateur n’a rien d’anodin. Fred Cavayé s’est fait connaître avec Pour elle, puis À bout portant, deux films tendus qui ont installé sa réputation de faiseur de cinéma de genre efficace. Il a ensuite tâté de la comédie avec Radin ! et Le Jeu, avant de revenir au drame avec Adieu Monsieur Haffmann. Selon les informations reprises par AlloCiné, c’est d’ailleurs pendant l’interruption du tournage de ce dernier, au moment du confinement, qu’il a relu le roman dans son intégralité, soit environ 1 700 pages, avant de se rendre à la maison de Victor Hugo, place des Vosges, et d’écrire la biographie de chaque personnage pour bâtir un récit choral.
Le projet a été annoncé en janvier 2024, et le tournage a débuté le 21 juillet 2025 pour dix-sept semaines, entre Paris, Bordeaux, Saint-Macaire en Gironde, Compiègne, Senlis et les studios de Bry-sur-Marne. La production est portée par Eskwad et Curiosa Films, avec TF1 Films Production et StudioCanal. Cavayé signe seul le scénario.
Lindon et Rahim, un face-à-face au cœur du film
Le casting est la grande force revendiquée du film. Vincent Lindon incarne Jean Valjean, Tahar Rahim un Javert que Still Magazine décrit comme implacable. Ce dernier a expliqué avoir construit son personnage à rebours, à partir de son dénouement. Il confiait ne pas croire au suicide de Javert tel quel et avoir cherché avec le réalisateur un petit élément du livre pour le justifier, en précisant que Cavayé voulait avant tout se concentrer sur le face-à-face, avec une référence revendiquée au Fugitif.
Autour d’eux, Noémie Merlant prête ses traits à Fantine, Camille Cottin et Benjamin Lavernhe forment le couple Thénardier, Megan Northam joue Cosette adulte, Vassili Schneider campe Marius et Marie Colomb Éponine. Frédéric Pierrot complète la distribution dans le rôle de Monseigneur Myriel. Une distribution pensée pour le grand public, que le réalisateur rattache volontiers aux grandes affiches populaires d’autrefois.
Que dit la critique après Saint-Sébastien ?
Présenté en compétition à Saint-Sébastien le 18 septembre, le film ne figure pas au palmarès principal, où la Coquille d’or est revenue à Mike Leigh pour Tender Loving Care. Côté presse, l’accueil est contrasté. Pour Cineuropa, Fabien Lemercier y voit un spectacle familial plutôt divertissant, qui transforme le roman en « western moderne », tout en jugeant sa sélection en compétition comme un choix assez étrange pour un festival international. Il note aussi que le film appuie fortement sur le mélodrame et les archétypes.
Dans SensaCine, Andrea Zamora salue une transposition faite « avec fidélité et exactitude » et le travail du quatuor Lindon, Rahim, Cottin et Lavernhe, mais trouve le film un peu lourd dans sa seconde moitié, estimant que sa fidélité à Hugo est à la fois sa plus grande qualité et sa principale limite.
En France, les premiers avis parus sur internet vont du franc enthousiasme à la réserve polie. Annabel Mora, pour Still Magazine, parle d’un blockbuster à la française « spectaculaire, carré et diablement maîtrisé », dont les trois heures passent sans temps mort, tout en regrettant une écriture des personnages qui tire parfois vers la caricature. Plus sévère, L’Info Tout Court lui attribue 5,5 sur 10, évoque une adaptation « plutôt honnête » mais reproche au film son absence de sens du tragique et une photographie numérique jugée sans organicité.
Mon avis sur ces nouveaux Misérables
Je n’ai pas encore vu le film au moment d’écrire ces lignes, et cet avis repose sur les critiques citées. Ce qui frappe à leur lecture, c’est la cohérence du diagnostic, même chez ceux qui divergent sur la note finale. Tout le monde s’accorde sur le rythme, sur la solidité de Lindon et Rahim, sur la réussite du couple Cottin et Lavernhe. Les réserves portent toutes sur la même chose, à savoir ce que le film laisse de côté pour avancer, la densité politique et spirituelle de Hugo, le souffle tragique, la part de romanesque qui ne se réduit pas à une course-poursuite.
C’est un pari cohérent avec la carrière de Cavayé, qui a toujours préféré l’efficacité à la contemplation. Pour un public qui découvrira l’histoire en salle, ou qui n’a gardé du roman qu’un souvenir scolaire, cette lecture en forme de traque a de bonnes chances de fonctionner, et c’est sans doute le cœur de cible de StudioCanal. Pour les lecteurs attachés à la complexité du texte, le risque est de trouver un film propre mais sage, plus soucieux de tenir la distance que de bouleverser.
Je retiens un projet ambitieux, porté par une distribution rare dans le cinéma français actuel, qui semble avoir choisi le spectacle plutôt que la profondeur. Si les comédiens tiennent leurs promesses, ce sera déjà beaucoup. Reste à voir, en salle, si l’émotion suit le tempo.
Retrouvez les autres films de la semaine sur le hub Sorties cinéma de la semaine.
Sources
- Les Misérables, fiche du film (AlloCiné)
- Review: Les Misérables, par Fabien Lemercier (Cineuropa)
- Los miserables, critique San Sebastián 2026 (SensaCine)
- On a vu Les Misérables de Fred Cavayé (Still Magazine)
Sylvain

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